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freyr1978

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Création : 14/07/2009 à 05:02 Mise à jour : 14/05/2012 à 03:00

De Jésus à Paul. Les débuts du Christianisme


Mon blog a pour but de présenter une étude historique des actes et dits du Jésus historique, et de montrer les dernières approches de la recherche historique sur le personnage. Surtout à un moment où la hiérarchie catholique semble revenir en arrière sur la recherche historique sur Jésus. Ce blog n'a pas pour but d'heurter d'autres chrétiens, étant moi-même un catholique pratiquant, mais je pense qu'une foi doit aussi se nourrir à travers le contexte historique qui a marqué le christianisme primitif. C'est pourquoi, je m'intéresserai aussi aux premières communautés chrétiennes et au personnage de Paul, qui fut loin de faire l'unanimité dans la première communauté chrétienne. Et j'espère que ce blog pourra enrichir la perception historique des débuts du christianisme de certains et enrichira la foi des autres qui découvriront Jésus dans toute son humanité, même si certaines de mes théories seront loin de faire l'unanimité.

Pour tous mes amis et amies !

Pour tous mes amis et amies !

Je vous envoie ce petit article afin de vous inviter à me faire savoir si vous voulez être avertis pour mes futurs articles ou même des modifications de ces derniers. Je mettrais vos noms à la suite, mais je le ferais en catégories en fonction de l'organisation de mon blog un peu particulière.

D'abord, je voudrais savoir qui voudrez être prévenu personnellement sans la fonction de partage d'articles de Skyrock.
Ensuite, ceux qui voudrez être averti pour mes articles concernant l'origine du Christianisme, à l'origine de blog, et les articles historiques que je n'hésiterai pas à mettre.
Enfin, ceux qui voudrez être averti seulement pour mes articles concernant les mangas et les animés japonais (où je mets parfois des références religieuses ou historiques quand cela est nécessaire, surtout ceux se déroulant au Moyen-Âge japonais et l'ère Meiji).
J'allais oublier que je mets quelques articles, sur le R'n'B lusophone (étant d'origine portugaise) si ça vous intéresse, vous pouvez me le signaler également.

Merci d'avance à tous ceux qui auront répondu !
Tags : Avis à la population !
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#Posté le mardi 16 novembre 2010 03:02

Modifié le mardi 16 novembre 2010 04:51

Liste des prévenus !

Liste des prévenus !Comme promis, je mets à la suite du précédent article, la liste de mes prévenus (ça me fera un pense-bête) :

Ceux qui veulent être prévenus sans la fonction partager :


Tout mes articles :
geme-dessin taigong788 goth-manga-38 Laydi-dior  poetry-of-darkness

Les articles concernant le manga et les animés japonais :
kisa-chan10 Love-MCkiss bakamangagirl fuuko-chan094 CreaTionS-NK minimimi30
Soln49 SaoulReaper Mangasmangasmangas

Merci à tous ceux qui ont déjà répondu et à tous les autres !
Tags : Avis à la population !
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#Posté le mardi 16 novembre 2010 10:20

Modifié le jeudi 13 octobre 2011 09:41

Repos et farniente pour votre hôte !!!


Repos et farniente pour votre hôte !!!

J'écris cet article pour vous prévenir que je ne serai pas à vos côtés pendant 15 jours car je pars en vacances demain au Portugal, pays d'origine de mes parents. Ce sera pour moi une occasion de repos et farniente et sans ordinateur. Je souhaite de même à tous ceux qui vont partir en même temps que moi.

Mais je vous invite également tous à passer sur mon blog voir mes anciens articles ou les découvrir pour ceux qui ne les connaisse pas.Je vais d'ailleurs mettre quelques liens :
D'abord, mon article consacré à la fête de l'Assomption, que je vous conseille de lire de préférence le 15 août, jour de la fête :
http://freyr1978.skyrock.com/3021254150-L-Assomption-de-Marie-une-fete-avant-d-etre-un-dogme.html
Ensuite, deux articles que j'ai achevé sur le christianisme :
http://freyr1978.skyrock.com/2619360768-Des-recits-insolites-d-annonciation-la-nativite-1ere-partie.html
http://freyr1978.skyrock.com/2622500452-Des-recits-insolites-d-annonciation-la-nativite-2eme-partie.html
http://freyr1978.skyrock.com/2651636298-Des-recits-insolites-d-annonciation-le-recit-herodien-1ere-partie.html
http://freyr1978.skyrock.com/2660817214-Des-recits-insolites-d-annonciation-le-recit-herodien-2eme-partie.html 
http://freyr1978.skyrock.com/2660853004-Des-recits-insolites-d-annonciation-le-recit-herodien-3eme-partie.html 
l'introduction de mon article sur la Bête du Gévaudan :
http://freyr1978.skyrock.com/2922727751-La-Bestia.html
http://freyr1978.skyrock.com/2923238089-La-Bestia.html
Un article que j'ai modifié sur Princesse Mononoké :
http://freyr1978.skyrock.com/2908397499-San-la-princesse-des-esprits-vengeurs.html
Pour ceux qui ne les ont pas lu tous mes articles consacrés aux mangas :
http://freyr1978.skyrock.com/2811042598-Emeraldas-l-alter-ego-de-captain-Harlock.html
http://freyr1978.skyrock.com/2853919552-Miime-la-compagne-d-Albator.html
http://freyr1978.skyrock.com/2854664584-Kei-Yuki-une-femme-forte-et-de-tete-dans-le-Leijiverse.html
http://freyr1978.skyrock.com/2880741994-Hinoto-une-Yumemi-bien-manipulatrice.html
http://freyr1978.skyrock.com/2881329502-Une-heroine-catholique.html
http://freyr1978.skyrock.com/2882989934-Pour-les-amateurs-de-City-Hunter.html
http://freyr1978.skyrock.com/2886652751-La-Zashiki-warashi.html
http://freyr1978.skyrock.com/2888273529-La-Zashiki-warashi-encore-a-l-honneur.html
http://freyr1978.skyrock.com/2920717273-Tenten-une-ninja-feministe.html
http://freyr1978.skyrock.com/2925996107-Akkane-Tendo-une-fille-au-coeur-d-or-mais-au-fort-caractere.html
http://freyr1978.skyrock.com/2928939731-Skuld-une-deesse-de-seconde-classe-mais-pleine-d-avenir.html
http://freyr1978.skyrock.com/2932317209-Hattori-Junko-une-guerriere-face-a-un-choix-difficile.html
http://freyr1978.skyrock.com/2950663695-Lafresia-une-dure-vie-de-reine.html
http://freyr1978.skyrock.com/2951975359-Shizuka-Namino-une-Mazone-attendri-par-les-sentiments-humains.html
L'introduction de l'article que je consacrerai à une des grandes héroïnes du Leijiverse, Maetel :
http://freyr1978.skyrock.com/2933440933-Maetel-la-voyageuse-de-l-espace-1ere-partie.html
Et pour finir des morceaux de R'n'B lusophone :
http://freyr1978.skyrock.com/2824875346-Du-R&B-portugais.html
http://freyr1978.skyrock.com/2824882426-En-complement-une-version-live.html
http://freyr1978.skyrock.com/2847074768-Pour-love-mckiss-et-nadoux-38.html
http://freyr1978.skyrock.com/2847077396-Chamar-a-musica-en-live.html
http://freyr1978.skyrock.com/2929567633-Du-R-n-B-Bresilien.html

Vous n'êtes pas obligé de tout lire, vous pouvez faire votre choix, mais n'hésitez pas à laisser des commentaires j'y répondrai à mon retour. Et un grand merci pour votre présence régulière sur ce dernier.

 
Tags : Repos
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#Posté le mercredi 03 août 2011 02:51

Modifié le mercredi 03 août 2011 07:51

Je suis de retour !

Je suis de retour !
J'écris cet article pour vous prévenir que je suis de retour parmi vous depuis hier. Pas comme dans l'image que j'ai choisi, mais je la trouvais très drôle.
Je n'ai pas écrit hier étant trop fatigué, le voyage de retour ayant été un peu éprouvant. Toutefois, les vacances  ont été très bonnes, au Portugal, au bord de la mer, même si je n'aime pas beaucoup la plage, car je deviens au soleil rouge comme une écrevisse. Du bon air frais, il n'y a rien de mieux et en plus le pays se prête parfaitement au tourisme.
Je vais laisser mon article précédent, mais le modifier un peu. Je continuerai à y annoncer pour ceux qui n'ont pas reçut mes messages ou qui voudraient juste passer en coup de vent les nouveautés sur mon site.
Si vous voulez prendre cette image, je vous l'offre avec plaisir.
 
Tags : retour
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#Posté le lundi 22 août 2011 09:45

Jésus, un personnage historique ?

La question semble de nouveau d'actualité.
L'italien Luigi Cascioli, militant athée, a défrayé la chronique par son ouvrage La Fable du Christ paru en 2001 et la plainte qu'il déposa contre l'église de Viterbe en 2002. Cependant, la Cour Européenne des droits de l'homme a accepté d'examiner son cas en mars 2008, suite à la non poursute judiciaire du parquet de Viterbe le 27 janvier de la même année. Selon lui, Jésus n'aurait jamais existé, et derrière ce personnage se cacherait un individu moins fréquentable, Jean de Galama, le fils de Judas le galiléen, un des chefs du mouvement zélote, qui selon lui fut crucifié avec ses frères Simon et Jacob, sous le procurateur de Judée, Tiberius Alexander, un juif hellénisé d'Alexandrie, vers 46. Cela rappelera des souvenirs à ceux qui ont lu les ouvrages de Daniel Massé L'Énigme de Jésus-Christ et de Robert Ambelain Jésus ou le mortel secret des Templiers, où Jésus serait le fils de Judas le Galiléen.
De plus, en réponse au Jesus Seminar, s'est mis en place un nouveau séminaire de recherche, le " Jesus Project ", sous la direction de l'historien des religions, R. Joseph Hoffmann, dont le but est de réexaminer la question de l'historicité de Jésus. Ses travaux ont débuté entre le 5 et le 7 décembre 2008.

Alors Jésus n'aurait - il pas existé ? serait - il un autre ?

A vrai dire la question ne se pose plus guère, sauf en dehors des cercles académiques et universitaires, les seuls à même d'étudier cette question. Dès 1933, Charles Guignebert, qui devint en 1919 le premier titulaire de la chaire d'histoire du Christianisme de la Sorbonne, notait dans son livre Jésus que les thèses mythistes n'avaient pas réussi à convaincre grand monde chez les spécialistes. Depuis, cela n'a guère changé.
Feux Pierre Geoltrain (1929-2004), fondateur de la chaire des origines du christianisme à la Section des sciences religieuses de l'École pratique des Hautes Études, évacuait ainsi la question de la non existence de Jésus: « ... quant aux thèses des mythologues qui, devant les difficultés rencontrées par l'historien, ont pensé les résoudre toutes en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique, elle ne résiste pas à l'analyse. L'étude des Évangiles permet de dire, non seulement que Jésus a existé, mais encore bien plus. » Une analyse que partageait, Marcus Borg, professeur émérite au département de Philosophie de l'Oregon State University, théologien et canoniste à la Trinity Episcopal Cathedral à Portland, en Oregon, et membre du Jesus Seminar, qui, en 2007, répondait à l'invitation du Jesus Project de manière ironique : « Nous pourrions aussi bien avoir un débat sur l'existence historique de Jules César. »

Toutefois, il faut agir avec prudence car les principales sources sur la vie de Jésus sont des textes partiaux, les Évangiles canoniques et apocryphes. En 1906, le théologien protestant, musicien organiste, philosophe et médecin, Albert Schweitzer dans son livre Histoire des recherches sur la vie de Jésus (jamais traduit en français) a bien mis en évidence que par les récits évangéliques il était impossible d'avoir une représentation fidèle du Jésus historique, comme le pensait les historiens du XIXème siècle, parmi lesquels l'académicien français, professeur d'hébreu et administrateur au Collège de France, Ernest Renan (1823-1892). Une analyse que démontre Maurice Goguel (1880-1955), doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris, directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études et professeur à la Sorbonne, de la manière suivante :
« - Le cadre des récits évangéliques est artificiel, les transitions y sont schématiques et rédactionnelles, elles ne réalisent pas d'enchaînement organique et ne font que masquer le fait que la narration évangélique était originellement formée d'une multiplicité d'éléments isolés les uns des autres.
- Les évangiles ne sont pas des documents d'histoire. Ils n'ont pas été composés ni conservés pour faire connaître le Jésus qui a vécu et enseigné en Galilée et en Judée et qui est mort à Jérusalem. Ce sont des documents religieux qui présentent ce que Jésus était pour la foi et pour la piété des milieux dans lesquels ils ont été composés.
- Les diverses formes sous lesquelles se présentent les matériaux évangéliques montrent qu'ils ont été élaborés en vue des diverses fonctions de la vie de l'église ; ils y sont si étroitement adaptés qu'il serait chimérique de prétendre en dégager un noyau historique. »


Cela veut -il dire qu'une approche historique reste impossible ?

L'historien des origines du Christianisme, doyen de la Faculté protestante de Strasbourg et président de l'Université de Sciences Humaines (aujourd'hui, Université Marc Bloch), Étienne Trocmé (1924-2002), fait remarquer cependant que " sans pouvoir reconstituer d'une façon précise la carrière et l'enseignement de Jésus, on est en mesure d'en retrouver quelques aspects essentiels et d'en comprendre l'orientation générale. " Analyse identique à celle de Günther Bornkamm (1905-1990), professeur à l'université d'Heidelberg, dans l'Encyclopædia Universalis : « Malgré la vulnérabilité historique de beaucoup de récits et de paroles, pris isolément, l'historicité globale des Évangiles est incontestable. »
Cette approche analytique est partagée par le père John P. Meier, professeur du Nouveau Testament à l'Université Notre Dame dans l'Indiana, dans son ouvrage, paru en 2004, Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. I. Les sources, les origines, les dates, même s'il a tendance à la relativiser :« Le Jésus historique peut nous fournir des éléments de le personne "réelle", mais rien de plus. » (p. 31.)

Pour trouver qui était la '' personne réelle '', il faut, tel que nous le dit John P. Meier, “savoir ce qui, dans les évangiles et les autres sources disponibles, remonte au Jésus historique”
Les historiens ont élaboré dans ce but un certain nombre de critères pour les sources historiques littéraires. Dans le cas qui nous intéresse, ce sont les suivants
* La dissimilarité : Elle prend en compte l'originalité. Elle exige une bonne connaissance de la tradition juive et du christianisme primitif. Ainsi, peut être attribué à Jésus ce qui ne relève ni de l'une ni de l'autre. Ce critère doit être utilisé avec prudence puisque Jésus est enraciné dans le judaïsme et a, naturellement, influencé lui-même les premiers chrétiens. Sont ainsi écartées l'insistance sur l'autorité de la Torah (mais pas par tous les spécialistes) comme telle (c'est un dogme pharisien) ou la réflexion sur l'organisation de l'Eglise (reflet de l'intérêt des premiers chrétiens). Par contre, le cinglant « Laisse les morts enterrer leurs morts » (Lc 9,60) n'a pas son pareil dans l'Antiquité, sinon auprès de quelques philosophes cyniques. Par exemple, dans le monde grec et palestinien de cette époque c'était le disciple qui choisissait le maître. Jésus fait exactement le contraire : il choisit le groupe des douze (Mc 1, 16-20; Mt 4, 18-19; Lc 5, 1-11), cela n'a pas pu être inventé. Autre exemple, l'usage de l'amen comme introduction du discours, plutôt que comme une conclusion ou une réponse finale. L'amen en effet équivalait à un oui ou à un auspice .
* L'embarras ecclésiastique - que l'exégète Jacques Schlosser, professeur à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg (Université Marc Bloch), nommait « On n'a pas pu inventer ça » : est en faveur de l'authenticité ce qui se trouve dans les textes alors que cela constitue une difficulté pour les rédacteurs du Nouveau Testament. Par exemple la parole de Jésus sur la croix de Mc 15, 34 et le baptème de Jésus par Jean qui le place dans une position inférieure et met l'Eglise en difficulté dans son conflit avec les cercles baptistes. Ou encore l'annonce de la venue imminente du Règne de Dieu, parce qu'elle ne s'est pas produite du vivant des disciples : « En vérité je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance. » (Mc 9,1).
* L'attestation multiple : Plus un élément est attesté par des sources multiples et indépendantes les unes des autres, plus son ancienneté est probable, le présupposé herméneutique étant "plus c'est ancien, plus c'est vrai" quoiqu'un texte puisse être authentique sans pour autant que son contenu soit vrai. Ainsi, le fameux "Les premiers seront derniers" est rapporté dans plusieurs passages (Matthieu 19,30 et 20,16; Marc 10,31 ; Luc 13,30) et dans un papyrus chrétien retrouvé en Égypte. Autres exemples : les paroles de Jésus sur le pain et sur le vin à la dernière Cène (Mc 14, 22-25; 1 Cor11, 23-26; cf Jn 6. 51-58), la contestation du divorce facile (Mc 10, 11-12; Lc 16, 18; 1Cor 7, 10-11) ; la purification du temple (Mc 13, 2; 14, 58; Jn2 14-22). Cependant existent des phrases qui tout en étant solitaires ont une forte probabilité d'avoir été prononcé par Jésus lui-même, ainsi l'invocation "Abba" et les deux "effatha" impératifs et "Talithà qum".
* La cohérence : Ce critère va de soi, mais ne doit pas masquer qu'il y eut des formulations et des interprétations différentes des paroles et des actes de Jésus par les premières communautés. Le critère de cohérences concernent des paroles et des gestes de Jésus que l'on peut rapprocher les uns des autres parce qu'ils relèvent de la même attitude du maître - par exemple, ses gestes de bienveillance envers les exclus ou les pécheurs ; ou encore des expressions qui sonnent vrai par leur tournure archaïque, des rythmes ou des jeux de mots qui fleurent bon le style oral ou volontiers paradoxal de ses propos habituels ; bref, tout ce qui est dans la manière du prophète de Galilée.
*Le rejet ou l'exécution de Jésus : ce critère s'attache à repérer dans les récits de son martyre quelles paroles et actions correspondent au cadre global de la crucifixion, hors de toute justification théologique postérieure.Il s'agit de déterminer quels dits ou faits historiques de Jésus ont provoqué sa mort violente et sa crucifixion comme "roi des Juifs".
* La plausibilité historique : Jésus s'inscrit dans son contexte géographique et historique, dont on doit tenir compte dans une analyse des récits évangéliques. Ainsi, Jésus s'est - il montré critique vis - à vis de la pratique du sabbat ? C'est fort plausible, car le débat sur les conditions d'observance du sabbat était largement ouvert dans le Judaïsme palestinien du Ier siècle, notamment chez les pharisiens. Il ne faut cependant pas oublier que le judaïsme contemporain de Jésus était très diversifié.
« Avec ces critères, principalement la combinaison des deux derniers (dissimilarité, plausibilité historique), résume l'oratorien Michel Quesnel, recteur de l'université catholique de Lyon depuis 2003, l'historien dispose d'outils assez fiables pour écrire l'histoire de Jésus. » (Jésus-Christ, l'Homme et le fils de Dieu, éd. Flammarion, Paris, 2004, p. 74)
D'autres critères sont utilisés par certains exégètes, dont la valeur n'est pas toujours bien établie, tel les traces d'araméen, la vivacité narrative ( la vivacité et les détails concrets seraient les indicateurs d'un compte rendu fait par des témoins oculaires et le signe d'une haute valeur historique) et la tendance du développement de la tradition synoptique (la tendance à rendre les détails les plus concrets, à ajouter aux narrations des propres noms, à éliminer les sémitismes). Geza Vermes, professeur à Oxford et membre de la British Academy, pour sa part, met avant deux autres critères, qu'il nomme critères de vérisimilitude (The religion of Jesus the Jew, Mineapolis, Fortress Press, 1993, p.17). Est - ce qu'on a quelque chose à gagner de l'invention de l'enseignement en question, en particulier si c'est l'Eglise primitive qui en est à l'origine ? Par contre, s'il s'agit d'une position contraire aux besoins de l'Eglise ou impossible à réconcilier, il y a de bonne chances que ce Dit attribué à Jésus soit authentique. Ces critères, cependant, semblent, dans une large mesure être des variantes du premier critère, et ne devront être utilisés qu'en complément de ce dernier.
Ce survol des critères d'historicités montre que ces derniers ne permettent de tirer des conclusions définitives sur quels furent les dits et les actes qui peuvent attribués à Jésus, car il faut les utiliser avec beaucoup de doigté. Ces derniers étant des outils scientifiques.
Alors doit -on abandonner toute recherche historique sur Jésus ? Non. Mais comme le dit Michel Quesnel, l'historien « ne doit cependant pas être dupe de ses instruments, et savoir qu'ils ne peuvent guère lui servir qu'à bâtir un cadre, une ossature. » ( id., p.74.) Ce cadre pour les historiens est d'autant mieux assuré car comme le disent la majorité des experts, on n'aurait pas choisi ou inventé un rabbi, un guide religieux ou un Dieu, crucifié par les Romains, la mort des rebelles contre l'empire. Comme le disait Paul, cela paraissait une folie. Le fameux scandale de la croix. Ce fait est d'autant mieux assuré qu'on le retrouve dans les cinq critères que j'ai cité précédemment. Toutefois, toujours selon Michel Quesnel, l'historien « doit aussi se rappeler que l'histoire n'est pas une science exacte, qu'il peut souvent accéder à des hypothèses plausibles mais pratiquement jamais à des certitudes, et que sa propre écriture est conditionnée par ses propres questionnements.» (id., p.74.) Cela est d'autant plus vrai lorsque l'on étudie des sources datant de l'Antiquité, qu'en dehors des évangiles, nous possédons en morceaux épars, à part quelques exceptions.

Malgré ces limites, astreintes à toute recherche historique, la recherche du Jésus historique “peut être utile si on veut une foi qui cherche à comprendre, une foi en quête d'intelligence, autrement dit si on veut faire de la théologie dans un contexte contemporain” (John P. Meier, Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. I. Les sources, les origines, les dates, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Lectio divina Hors collection », 2004, p. 121). Sur ce point, l'avis de l'éxégète jésuite, Jean-Noël Aletti, professeur à l'Institut biblique pontifical de Rome, est identique à celui de John P. Meier : « Le travail de l'historien intéresse le théologien par ses implications fondamentales, à savoir déceler le mystère de la personnalité et de la conscience de Jésus : déterminer l'authenticité de paroles ou d'actes a une grande importance, puisque par là se donnent à lire l'orientation et la cohérence d'une vie, d'un projet, d'une personne. » (« Exégètes et théologiens face aux recherches historiques sur Jésus », dans P. Gibert, C. Theobald [éd.], Le cas Jésus Christ. Exégètes, historiens et théologiens en confrontation, Paris, Éd. Bayard, 2002, p. 141-170.) Ainsi, « Plus nous prenons conscience de ce que signifiait Jésus à son époque et dans son milieu, plus il nous apparaît "étranger". S'il est correctement compris, le Jésus historique est un rempart contre toute réduction de la foi chrétienne en général et de la christologie en particulier à une idéologie "utilisable", quelle que soit sa couleur. » (John P. Meier, Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. I. Les sources, les origines, les dates, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Lectio divina Hors collection », 2004, p. 123)

Cette prise de conscience est d'autant plus nécessaire au moment où se remarque un recul dans les grandes confessions chrétiennes de la recherche exégètique - celle - ci donne un accès à un Jésus plus humain -, car comme le dit Daniel Marguerat, professeur de Nouveau Testament à l'Université de Lausanne « L'historien ne sape pas la foi ; il en trace les contours ». Un jugement, qui démontre que l'historien cherche toujours à restituer la foi dans son contexte, non à la remettre en cause. C'est ce que je tenterai de faire dans les prochains articles de ce blog. Toutes les critiques sont les bienvenue.
Tags : Christianisme
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#Posté le mercredi 15 juillet 2009 04:53

Modifié le lundi 01 février 2010 01:47

Qui a écrit les quatre évangiles ?

Cette question a secoué de nombreuses interrogations tout au long de l'histoire du Christianisme, encore plus depuis que les thèses mythistes ont repris leurs attaques contre le personnage historique de Jésus. On est en droit de se demander s'il existe une réponse approprié de la part de l'exégèse contemporaine sur cette question.
Toutefois, ceux qui ont établi les noms des évangélistes, les Pères de L'Eglise, entre le IIème et le Vème siècle, n'avaient pas ce problème en ligne de mire. Ils devaient démontrer le caractère apostolique des quatre évangiles face aux attaques des courants gnostiques, qui avaient vu le jour à Ephèse à la fin du Ier siècle. Ces derniers se réclamaient eux-mêmes des apôtres, comme le démontre l'évangile de Thomas et celui de Judas, qui semblait connaître un grand succès à la fin du IIème siècle.
Dans ces conditions, il fallait démontrer que les quatre évangiles étaient l'oeuvre de disciples ou de fondateurs des communautés apostoliques. C'est Irénée, évêque de Lyon de 177 à 202, qui se livrera à cette exercice dans son Contre les hérésies dans la même perspective que la Première épitre aux Corinthiens de Paul :
« Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Évangiles (que quatre). En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le Verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit. »
C'est lui qui fixe les noms des quatre évangélistes pour la postérité : « Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Évangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après le départ de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile tandis qu'il séjournait à Éphèse en Asie. »

Cette tradition ne fut pas remise en cause avant 1776 avec l'exégète biblique allemand Johann Jakob Griesbach (1745-1812), qui fut le premier à mettre en évidence les différences qui existaient entre l'évangile de Jean et les évangiles synoptiques, et la proximité de ces dernières qui ont le même plan et le même mode d'enseignement.
Mais cela ne nous démontre pas comment les quatre évangiles ont été rédigé ? Il faudrait avoir sous la main les sources qui ont conduit à la rédaction des évangiles. Et l'évangéliste Luc n'est guère rassurant dans le préambule de son évangile : " Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus. "

1. Le problème synoptique

Cependant, Griesbach et Christian Hermann Weisse (1801-1866), philosophe et théologien protestant allemand, en 1838, ont proposé deux pistes intéressantes pour la rédaction des évangiles synoptiques, celle d'un évangile primitif et celle des deux sources.

a) L'évangile primitif

Pour la première, l'explication en est simple, les évangélistes auraient eu sous les mains un évangile primitif, un renvoi à la tradition patristique, évoquée plus haut. Les trois évangélistes synoptiques y auraient puisé pour composer leurs évangiles.

On peut classer les recherches sur cet évangile primitif en deux catégories toute se basant sur la priorité d'un évangile.

Il y a d'abord la théorie de la priorité de Marc. L'idée de base est que Marc a écrit le premier, Matthieu s'en servant ensuite pour rédigé son évangile, bien sûr augmentée de son matériau propre. Luc aurait ensuite utilisé ses deux prédécesseurs, d'où les concordances sur des points mineurs avec l'évangile de Matthieu. Cette thèse est souvent dite de Farrer. Elle fut conçue en 1934 et formulée par Austin Marsden Farrer (1904-1968), théologien et philosophe anglais, en 1955. Son plus brillant défenseur actuel est le Dr. Mark S. Goodacre, professeur au département de Religion de la Duke University à Birmingham.
Mais les exégètes, parmi les quels le dominicain Marie-Emile Boismard (1916-2004), professeur de Nouveau Testament à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem et à l'Université de Fribourg en Suisse, ont découvert, en scrutant les répétitions injustifiées de l'Évangile dit de Marc, qu'on croyait jusqu'alors tiré des souvenirs de l'apôtre Pierre, qu'il était lui aussi un document composite, compilation d'au moins deux traditions antérieures, dont l'une ne contenait aucun récit de la passion (qui aurait été un récit lu lors de la célébration de la mort de Jésus).

Une autre théorie, dite des deux évangiles, encore appelée hypothèse de Griesbasch (hypothèse formulée... en 1789), a donné lieu plus récemment à une école ''néo-Griesbach''. Elle admet la priorité traditionnelle de Matthieu. Luc aurait ensuite utilisé Matthieu et Marc serait le dernier des Synoptiques utilisant à la fois Matthieu et Luc.
En France, un grand défenseur de cette thèse est le Père Philippe Rolland, professeur d'exégèse biblique. Il admet aussi la priorité d'un premier Matthieu, primitif sémitique, d'origine jérusalémite, qu'il nomme évangile des Douze, et de deux adaptations différentes en grec, l'une d'origine antiochienne réalisée sous la mouvance de Pierre, l'autre réalisée sous la mouvance de Paul, dont se seraient inspirés notre Matthieu et notre Luc concurremment avec la source Q, appelée ici évangile de Césarée d'après son lieu supposé d'origine, Marc s'en inspirant aussi sans connaître Q. Cette genèse peut s'appuyer sur l'histoire de l'Église primitive telle que la rapportent le livre des Actes des Apôtres, auquel Rolland accorde un grand crédit.

Une théorie plus originale fut proposée à titre posthume dans un ouvrage publié aux Editions Beauschene en 1998, par Pierre Nautin († 1997), directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études, L'Évangile retrouvé, Jésus et l'Évangile primitif. Il part du postulat que l'évangile de Luc a le mieux gardé la forme d'un Evangile Primitif, qu'il baptise EP, dont l'auteur aurait puisé à une source orale ou écrite de 15 dits ou logia, qu'il baptise Source, et auquel il aurait rajouté d'autres dits afin de réactualisé sa source. Celui-ci serait à l'origine des trois synoptiques. Toutefois, les ajouts que fait Luc à cet évangile prouvent la priorité de Marc et de Matthieu sur ce dernier. Les premiers en auraient mieux gardé l'esprit sans en conserver la forme.

Il existe une théorie encore plus compliquée celle de Marie-Emile Boismard , qui fait appel à des formes archaïques de Matthieu et de Luc utilisées pour composer un proto-Marc, sans récit de la Passion, qui aurait lui-même été révisé, car ce dernier à l'origine n'aurait pas comporté de récit de passion et de résurrection. Les spécialistes la trouvent ingénieuse, mais trop compliquée pour être vérifiable.

Toutefois, la seconde piste est celle qui emporte l'adhésion des historiens et des exégètes à l'heure actuelle.

b) La théorie des deux sources

Il y aurait deux sources aux évangiles synoptiques, l'évangile de Marc et le document Q, Quelle, " source " en allemand.

L'évangile de Marc est vu comme une des sources primitives des trois Evangiles synoptiques, car en faisant une étude approfondie, on remarque que l'évangile a été paraphrasé par ceux de Matthieu et de Luc. Cela serait démontré par le fait qu'il n'existe qu'un épisode propre à Marc (Parabole de la graine qui pousse toute seule) et qu'il est le plus court des trois synoptiques. Il faut ici privilégié la date haute de rédaction entre 65 et 70, car son récit des choses dernières (chapitre 13) n'est qu'une reprise des textes bibliques qui ne fait pas mention de la chute du Temple en 70 comme dans les deux autres évangiles synoptiques.

Le document Q, lui, est fondé sur l'étude des correspondances entre Matthieu et Luc autres que celles de l'évangile de Marc. Celles -ci constituent un ensemble de dits de Jésus, ou logia , c'est-à-dire des paroles que celui-ci aurait prononcées durant sa prédication, sans la narration qui les accompagne d'habitude, parmi lesquels le fameux sermon sur la montagne. On y trouve aussi de façon surprenante pour un corpus de logia deux miracles. Q aurait probablement vu le jour à Israël, probablement en Galilée, vers 50-70, parmi les prédicateurs itinérants des premières communautés, comme l'indique le discours d'envoi des apôtres en mission.
D'autres sont allés plus loin. Se basant sur le constat qu'il y a 37 logia communes à document Q reconstituée et à l'Evangile apocryphe de Thomas, découvert en 1945 à Nag Hammadi en Egypte, sans dépendance l'un par rapport à l'autre, Helmut Koester suivi par d'autres chercheurs a avancé l'hypothèse d'une source commune soit orale soit écrite. La toute première communauté galiléenne fondée après la mort de Jésus, selon cette hypothèse, aurait évolué vers deux directions, une radicale itinérante se colorant d'attente eschatologique (Q), une autre débouchant sur une recherche intérieure individuelle (Thomas). Toutefois, la datation la plus haute de l'évangile de Thomas, qui est de 140, relativise d'elle-même cette théorie.
Toutefois, tout en admettant l'existence de ce document Q, John Paul Meier, prêtre au diocèse de New York et professeur de Nouveau testament à l'Université Notre Dame de l'Indiana, se montre très sceptique par rapport aux hypothèses sur la communauté d'où proviendrait Q et sur les étapes de sa formation (cette source restant hypothétique dans la mesure où personne ne l'a retrouvée). Pour lui, Q est comme « une pochette surprise » (Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. II. La parole et les gestes, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Lectio divina Hors collection », 2005, p. 183), aussi ne faut-il pas faire dépendre la recherche sur le Jésus historique d'hypothèses aventureuses sur cette source.

Les deux évangélistes dits Matthieu et Luc auraient donc repris ces deux sources et auraient rédigés leurs évangiles à partir d'elles.
La thèse des deux sources a été encore raffinée et est devenue la théorie des quatre sources, en ajoutant à Marc et à Q une source M qui aurait fourni les éléments spécifiques à Matthieu et une source L ceux spécifiques à Luc. M et L seraient de provenance judéo-chrétienne. Dans le cas de Luc, certains exégètes suggèrent également un évangile baptiste pour les récits de l'enfance.

Une théorie plus originale est qu'il n'y avait pas à l'origine plusieurs sources, ce serait l'hérésiarque Marcion de Sinope, actif dans les années 130 à 160, qui serait à l'origine du genre.

c) L'Evangelion de Marcion, le plus vieil évangile ?

Le premier évangile écrit dont nous retrouvons la trace est l'Evangélion de Marcion, qui fut écrit vers 130-140. Nous savons qu'il commençait ainsi : « En la quinzième année du règne de Tibère, au temps du gouverneur Ponce Pilate, Jésus le Christ, fils de Dieu, descendit du ciel et apparut à Capharnaüm, ville de Galilée. ». Et que tous les éléments juifs de l'évangile de Luc ne s'y trouvaient pas. Les documents chrétiens datables de la fin du Ier siècle et du IIème siècle, en effet, ne semblait pas connaître d'évangile écrit et ne connaissait que des bribes de tradition orale concernant Jésus.
Toutefois, cette théorie défendue par ceux qui privilégie la thèse du Christ mythique peut être remise en cause par le fait que l'apologiste Justin Martyr connaît des « mémoires des Apôtres », et que le plus vieux fragment d'un évangile, le Papyrus P52 datent d'entre 125 et 140 ou 150. Ils sont contemporains de l'hérésie de Marcion. Marcion n'aurait donc pas inventé le genre, il lui aurait juste donné son nom. Ce qui nous invite à réfléchir plutôt sur l'origine de l'Evangelion.
Etait-il le produit d'une révision de notre Evangile de Luc (débarrassé de ses éléments judéo-chrétiens) ou d'une première version de celui-ci (un proto-Luc) ? La première est la thèse orthodoxe, déjà soutenu vers l'an 180 par Irénée, qui, dans son ouvrage Contre les hérésies, accuse Marcion d'avoir amputé l'½uvre de Luc. L'autre est la thèse de Christian-Bernard Amphoux, chercheur au CNRS, qui analyse plusieurs révisions introduites par Marcion et y voit une volonté de simplifier le langage afin de rendre l'ouvrage accessible à un grand nombre. Ces simplifications seront plus tard conservées par l'Eglise de Rome.
Ou bien l'Evangelion était l'½uvre de Marcion, qui a été ensuite revu par les proto-orthodoxes en se démarquant des options gnostiques de l'hérétique et aurait donné l'Evangile de Luc que nous connaissons ? C'est ce que devait prétendre Marcion, après sa rupture avec la communauté romaine car, d'après l'apologiste Tertullien, il accusait celle-ci de « fabriquer de faux évangiles, placés par fraude sous le nom d'apôtres ou de personnages des temps apostoliques » (passage qui suffit à démontrer que l'Evangelion n'était pas l'évangile le plus ancien, car s'il y a de faux évangiles, cela veut dire que le genre était déjà existant). Cette thèse, déjà ancienne, a été récemment actualisée dans un ouvrage de Joseph B. Tyson (Marcion and Luke-Acts : A defining Struggle, 2006), professeur émérite de sciences des religions à la Southern Methodist University de Dallas au Texas.

Cela dit, il y a d'autres explications possibles aux anomalies que l'on révèle dans l'Evangile de Luc. Elles pourraient provenir d'un remaniement antérieur à Marcion, ainsi les deux chapitres sur l'enfance qui précèdent l'ouverture solennelle pouvant avoir été ajoutés à un proto-Luc qui ne contenait pas encore de naissance miraculeuse. Toutefois, il est aujourd'hui bien difficile de répondre à cette question, bien que l'hypothèse d'un proto-Luc commençant par le baptême de Jésus semble actuellement emportée l'adhésion des spécialistes de la question.

Le fait qu'aucune hypothèse ne fasse l'unanimité montre que le problème n'a pas encore reçu de solution satisfaisante, même si la théorie des deux sources semble faire l'unanimité des experts. Plus complexe encore, l'histoire de l'évangile de Jean pose autant de problème sinon plus que celle des synoptiques.

2. Le quatrième évangile

Comme le remarque le Jésuite Xavier Léon-Dufour(1913-2007), professeur d'Écriture sainte au centre Sèvres et directeur de collections aux éditions du Seuil et aux éditions du Cerf, l'Evangile de Jean est « un assemblage de traditions multiples fixées à diverses époques, une ½uvre de propagande qui n'a pas été écrite, ou pas entièrement écrite par l'apôtre Jean », et la Nouvelle Bible de Jérusalem admet aussi que le texte actuel résulte « d'un développement complexe ».
La théorie que l'évangile aurait été rédigé par couches successives, avec une mise en forme finale à une date postérieure à celle des synoptiques, à partir de sources diverses (dont l'Evangile de Marc), est aujourd'hui admise par une majorité de chercheurs, en revanche, il ne manque pas de thèses sur la façon dont a été élaboré le texte que nous avons. Je n'en citerais que trois.

a) La théorie de Bultmann

En 1941, le théologien luthérienRudolf Bultmann (1884-1976), professeur d'études néo-testamentaires à Marburg, penchait lui pour l'hypothèse de deux sources indépendantes.

L'une serait un livret de " miracles", l'évangile des signes, une tradition orale, voire un manuscrit, centré sur les miracles du Christ et qui aurait été indépendant des évangiles synoptiques. Les signes (nom employé dans le quatrième évangile pour miracle, semeia en grec), au nombre de sept que l'on ne trouve que dans Jean, ont une connotation inhabituellement dramatique et, contrairement aux évangiles synoptiques, ils ne sont pas une conséquence de la foi : ils sont là pour la provoquer (Jean 12, 37). Ces miracles étant différents à la fois des autres miracles du quatrième évangile et de ceux des évangiles synoptiques, Bultmann en conclut que l'auteur a réinterprété une tradition primitive du christianisme hellénistique. Cette hypothèse, malgré la grande réputation de son auteur, n'a guère trouvé d'écho positif dans la communauté des chercheurs. Cet « évangile des signes » aurait été composée par un témoin direct peut-être l'apôtre Jean, fils de Zébédée, et aurait circulé dès avant 70.

L'autre serait une source gnostique antérieure à la naissance du christianisme, où Jésus remplacerait l'image du logos. On comprend alors que les gnostiques ont lu l'évangile de Jean, puisqu'on en retrouve des passages dans leurs textes du fait que dans le gnosticisme le salut viendrait de la gnose, un savoir secret. Cela est démontré par le fait que pendant la quasi-totalité des cinq chapitres du dernier discours du Christ aux disciples (Jean 13, 18), Jésus ne parle qu'aux douze apôtres. Ensuite, Jésus est censé avoir existé avant sa naissance charnelle, et il est désigné dans le prologue (Jean 1) comme « le verbe » (logos). Tout cela pourrait se rapprocher de la définition gnostique de l'æon (une émanation de Dieu) envoyé depuis le plérôme (région de la lumière) qui vient donner aux humains le savoir nécessaire pour rejoindre eux-mêmes le plérôme. Le mépris johannique de la chair opposée à l'esprit est aussi un thème fort du gnosticisme. Toutefois, à l'heure actuelle on explique parfois cette proximité par l'hypothèse de sources communes d'inspiration de Jean et des gnostiques dans la littérature apocalyptique juive.

Donc d'après lui, la version que nous avons aujourd'hui ne serait que la réunion d'un ensemble de logia gnostiques, de l'évangile des signes et d'un récit de la Passion ( qu'on devait lire lors du jour de la célébration de la mort du Christ), le tout réuni par un rédacteur soucieux de rendre tout cela conforme à l'orthodoxie qui se développait vers 90-100 au sein des communautés chrétiennes.
Cette thèse a connu un tel succès dans le monde de la recherche (Boismard et Raymond Edward Brown s'en sont inspirés), au point que le pape Benoit XVI dans son ouvrage Jésus de Nazareth, s'est donné la peine de la contredire, s'appuyant sur les travaux d'un autre chercheur allemand, Martin Hegel.

b) La théorie du prêtre Jean

Martin Hegel voit plutôt cet évangile émaner d'un disciple de Jésus appartenant à l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem. Jean aurait été le fils d'un prêtre juif nommée Zébédée, ce qui est cohérent avec le disciple connu du Grand-Prêtre dont parle l'Evangile de Jean.
Cependant, rien dans les évangiles ne permet de penser que Jean l'apôtre ait été un prêtre ni son père Zébédée, qui était un patron d'entreprise de pêche selon l'évangile de Marc.
Cependant, que Jean ait été prêtre remontait à une tradition ancienne transmise par l'évêque d'Ephèse, Polycrate :
«Jean lui aussi, celui qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui a été prêtre et a porté le petalon, qui a été martyr et didascale, repose à Éphèse."» (lettre de Polycrate évêque d'Éphèse dans la Seconde moitié du II siècle à Victor de Rome, citée par Eusèbe Histoire Ecclésiastique III, 31.)
Martin Hegel n'a donc fait que réactualiser une hypothèse déjà ancienne. Celui qui a le mieux défendu cette thèse fut l'exégète Claude Tresmontant (1925-1997), professeur de philosophie médiévale et de philosophie des sciences à la Sorbonne, dans ses livre le Christ Hébreu, paru en1983 (réédité en 1992) et l'Évangile de Jean, paru en 1984.
Comme le fait remarquer Tresmontant, il est connu que le “petalon”, une lame d'or sur laquelle était gravée "consacré à YHWH", était l'attribut du grand-prêtre : il y eut deux grand-prêtres du nom de Jean (Yohanan en hébreu), le fils d'Hanne, qui exerça le sacerdoce de 36 à 37 et un autre grand-prêtre de ce nom, qui fut tué vers 58 sur l'ordre de Felix par les Sicaires. Cependant, théorie plus logique, à tout grand-prêtre en fonction, s'il lui arrivait une déficience, était associé un second grand-prêtre, susceptible de le remplacer pour l'office liturgique du Yom Kipour. Il se pourrait donc que ce prêtre Jean ait officié une fois dans sa vie en lieu et place du grand prêtre en fonction. Ce serait également lui le disciple que « Jésus aimait » que Tresmontant considère comme l'auteur du texte
Celui-ci aurait donc été un cohen (prêtre) sadducéen, appartenant à la famille d'Anne et de Caïphe. Raison pour laquelle il peut faire entrer Pierre chez Caïphe, car selon l'évangile de jean, il connaissait le Grand-Prêtre (Jean 18, 15). Il demeurait à Jérusalem, sans doute dans le quartier des prêtres où l'on situe la salle où Jésus mangea son dernier repas. Ceci explique qu'on ne le rencontre qu'à partir du récit du dernier repas et la raison de sa place d'honneur, la tête posé sur le côté de Jésus, s'il était l'hôte. Il respecte également les prescriptions rituelles concernant les morts lorsqu'il n'entre pas dans le tombeau après la découverte de la tombe vide.
Cependant d'après Jérôme, évêque de Bethléem au IVème siècle, le « prêtre Jean » ne serait que l'auteur des deuxième et troisième épitres qui portent le nom de Jean, dont on voyait encore le tombeau à son époque à Ephèse. Il y a donc peu de chances qu'il ait été un Jean, fils de Zébédée, comme le pense Hegel, ou Jean, membre de la famille d'Anne et de Caïphe, comme le pense Tresmontant.
Mais cette théorie part du principe qu'il ne saurait y avoir de sources préchrétiennes aux documents canoniques, ce qui est peu probable, vu le style de langage utilisé des évangiles qui permettent de dater les textes, au plus tard aux années 65 à 100.

Disons que les hypothèses des uns et des autres semblent reposer sur des bases biens fragiles. Cependant, la théorie de Bultmann, concernant trois versions successives de l'évangile de Jean, a connu un renouveau depuis ces dernières années, bien entendue réactualisée depuis 1941.

c) La théorie des trois couches rédactionnelles

La théorie des trois couches rédactionnelles, de son vrai nom, a la faveur de la majorité des chercheurs tel Raymond Edward Brown (1928-1998), prêtre sulpicien, professeur à l'Union Theological Seminary de New York, spécialiste de l'étude de la communauté Johannique, et Marie-Emile Boismard, car elle rend plus évidente comment a été rédigé le quatrième évangile. C'est-à-dire par étapes successives, ce qui permettrait de comprendre les nombreux ajouts et de ce fait le manque de cohérence de l'évangile, avec des éléments qui ont parfois peu à voir avec le contexte où ils sont situés.

Brown a ainsi identifié deux sections, étiqueté par lui comme le «Livre des signes » et le « Livre de la Gloire ». Le «Livre des signes » raconte miracles publiques de Jésus, qui sont appelés signes. Le « Livre de la Gloire » comprend l'enseignement privé de Jésus à ses disciples, sa crucifixion et sa résurrection. Ce serait le résultat de trois couches rédactionnelles dans le texte du quatrième Evangile (une situation qui n'est pas sans rappeler celle des évangiles synoptiques) : d'abord, une version initiale dont Brown croit qu'elle se base sur un témoin direct ayant rencontré Jésus, peut-être l'apôtre Jean ; ensuite, une production littéraire structurée par un évangéliste qui ajoute des sources supplémentaires ; et, enfin, la version publiée que le lecteur d'aujourd'hui peut lire (The Community of the Beloved Disciple, New York: Paulist Press, 1979).

Marie-Emile Boismard a d'ailleurs ajouté quelques raffinements à cette théorie. D'après lui, à la base de l'évangile de Jean, il y aurait eu un document aussi connu de Luc, datant des environs de l'an 50 et que l'historien appelle Jean I ou document C. Ce dernier sans discours, valorisait la Samarie, avec cinq signes et une Pâque, qui pourrait être l'apôtre Jean ou Lazare de Béthanie. Ce texte aurait été remanié par un autre auteur vers l'an 65 à Israël pour donner un Jean IIa qui y ajoute deux signes et les controverses dans le Temple (chapitre7-8). Une vingtaine d'années plus tard, le même aurait repris son texte en Asie Mineure pour tenir compte de la tradition synoptique, avec une triple Pâque et un plan en huit semaines, et cela aurait donné Jean IIB. Enfin, un dernier rédacteur final aurait fait quelques ajouts vers l'an 100 pour donner un Jean III, qui est le texte que nous avons. Dans sa rédaction pour une communauté chrétienne fort mystique, on sent à la fois la pensée helléniste et des influences juives proches des Esséniens de la mer Morte (Qumran).

Mais comme toute théorie, cela demeure extrêmement conjectural, et l'opinion que l'Evangile de Jean est postérieure aux synoptiques ne fait pas l'unanimité. Evan Powell a récemment soutenu une thèse différente. La critique interne de l'évangile l'amène à penser qu'il a été écrit avant les synoptiques, car l'institution de l'eucharistie, la tentation, l'expulsion des démons, la transfiguration, l'ascension n'y figurent pas. Ce serait le signe que le mouvement chrétien n'avait pas encore développé ces épisodes, peut-être du fait que la vision négative de Pierre indiquerait une séparation assez tôt de la communauté johannique de l'Eglise de Jérusalem. De plus, le chapitre 21, qui traite de la seule apparition de Jésus en Galilée, ce serait le chapitre final de Marc, qui se termine aujourd'hui de façon abrupte sans récits d'apparition. Ce serait, selon lui, la trace d'une lutte entre les apôtres Pierre et Jean, pour la direction du mouvement chrétien. Cette théorie est aussi crédible que celle du « prêtre Jean », que j'ai évoqué plus haut et a reçu peu de soutien en dehors de celui des milieux ecclésiastiques conservateurs du fait que la référence à des expulsions des synagogues situe vraisemblablement l'évangile entre 90 et 100.

« En dépit de la masse des travaux déjà faits, la recherche sur la façon dont les évangiles ont été écrits ménage encore des surprises » (Jacques Giri, Les nouvelles hypoyhèses sur les origines du christianisme. Enquête sur les recherches récentes, Editions Karthala, 2009, Paris, p.109 ). Toutefois, il convient de s'interroger sur le contexte de la rédaction des quatre évangiles pour mieux comprendre pourquoi ils furent rédigés après s'être demandé comment.

3. Le contexte de rédaction

Trois faits sont éclairants à ce sujet : des origines variés, un public varié et enfin une datation qui fait l'unanimité.
Il convient d'abord de voir s'il est possible de tracer un portrait des quatre évangélistes.

a) Qui étaient les évangélistes ?

Les trois évangélistes dits Marc, Matthieu et Luc n'ont sans doute pas connu Jésus, tout au plus certains de ses disciples, tout comme l'évêque d'Hiérapolis, Papias, au IIème siècle, disait avoir connu un disciple de Jean, Jean l'Ancien. Marc fut sans doute le premier en dehors du document Q, à avoir rassemblé des traditions orales dispersées, tels les récits de la passion que l'ont récité lors de la célébration de la mort de Jésus.

Deux, d'entre eux semblent avoir été juifs. Matthieu était sans doute un membre de la communauté judéo-chrétienne d'Antioche, peut – être un scribe (Matthieu 13, 52), et Marc, peut-être un juif helléniste, vu l'image défavorable de la famille de Jésus dans son évangile. Pour ce dernier, cela permet de comprendre les nombreux aramaïsmes qu'il utilise tel le « Talitha koum » lors de la réanimation de la fille de Jaïre, et pourquoi il explique certains rituels juifs aux païens qui liraient son évangile, comme dans l'épisode des mains impurs. Il lui était familier. Luc, comme l'indique l'utilisation de la Septante, et une connaissance de la liturgie de la synagogue (épisode de Nazareth au chapitre 4), était peut-être un des nombreux prosélytes ou craignants-Dieu, convertis par les rabbins au Judaïsme, qui se serait ensuite converti à la nouvelle secte juive.
Pour l'évangile de Jean, cela devient plus complexe, tout au plus peut-on dire qu'il a vu le jour au sein d'une communauté judéo-chrétienne, peut-être à Ephèse, ce que semble confirmer le contexte de rédaction du texte, celui de l'expulsion des synagogues. Par contre, tout ce que l'on peut avancer en fonction du récit des évangiles, c'est que l'auteur de l'évangile était soit un juif imprégné de mystique juive hellénistique (le logos est aussi connu du philosophe juif du Ier siècle, Philon d'Alexandrie), soit un grec, qui fut comme Luc, un prosélyte du Judaïsme avant de se convertir au Judaïsme. Si l'on tient compte de la théorie de Boismard et de Brown, l'auteur de la première version serait un disciple de Jésus, peut-être le fameux « disciple que Jésus aimait ». D'après certaines interprétations il aurait été un prêtre du Temple, comme le montrait la théorie du prêtre Jean. A partir de là, on aurait fait le rapprochement avec Jacques, le frère du Seigneur, qui selon Hégesippe, en avait tout les traits :
« Jacques, le frère du Sauveur, surnommé le juste...fut saint pour ainsi dire avant de naître. Il ne but jamais de vin ou d'autres liqueurs spiritueuses, et ne mangea jamais de chair; jamais il ne coupa ses cheveux, et il ne connut point l'usage des parfums et des bains. Il n'était permis qu'à lui seul de pénétrer dans le sanctuaire. Ses vêtements étaient faits de lin et non de laine. Il entrait seul dans le temple et se prosternait devant le peuple pour prier. Ses genoux avaient fini par devenir aussi durs que la peau du chameau. »
C'est une des nombreuses hypothèses sur l'identité du disciple que Jésus aimait, celle de Jean l'apôtre ne faisant plus consensus. Mais le disciple que Jésus aimait n'est sans doute qu'une image de la communauté judéo-chrétienne d'Ephèse, resté fidèle à Jésus, malgré les menaces d'expulsion, derrière laquelle se cachaient le ou les auteurs.

Après la question de l'origine des auteurs, il convient de se demander à quel public il s'adressait.

b) A qui s'adressaient-ils ?

C'est là qu'il faut se rappeler que ces ouvrages furent sans doute rédigés pour être lu devant soit les membres de la communauté à laquelle elle était destiné soit devant les prosélytes qui par ce biais apprenait la théologie qui avait cours au sein de la communauté. Ainsi, quelques références dans le récit des évangiles nous permettent de voir à qui s'adressaient les quatre évangélistes entre 65 et 110.

Marc se serait adressé à un public de langue grecque du moins dans sa deuxième version, où il explique les rituels juifs (ceux de la pureté dans le chapitre 7), sans doute dans une ville où les Juifs côtoyaient les Païens sans se mêler. S'il était un helléniste peut-être dans une ville converti par ces derniers, soit Césarée la maritime ou à Antioche. Toutefois, la mention des disciples persécutés pour leur foi et de Pierre, qui est aussi un personnage principal de cet évangile, peut aussi mettre en avant une origine romaine.

Matthieu quant à lui écrit pour un public de convertis juifs, comme le montre le fait que Jésus n'est « envoyé qu'aux brebis perdus d'Israël ». Mais il le fait dans un contexte de rivalité avec le prosélytisme pharisien, comme le montre les attaques virulentes contre le mouvement et l'appel à la conversion aux Nations (Matthieu 28, 19). Le lieu d'origine pourrait être Antioche, où la communauté a été fondée par l'apôtre Pierre, comme le montre la déclaration de Jésus en sa faveur en Matthieu 16, 17-19.

Luc, lui, cible un public de langue grecque, peut-être des craignant-Dieu ou des disciples des communautés pauliniennes, car les païens ne fréquentant pas la synagogue ne pouvait pas comprendre ses allusions répétées à l'Ancien Testament et aux rituels de la synagogue. Le lieu d'origine serait une ville où la culture de la synagogue était développée. Donc les principales villes de la Diaspora juives dans l'empire romain peuvent-être candidates.

Jean vise un public de Judéo-chrétiens et peut-être de prosélytes (c'est-à-dire de convertis païens), dont une théorie suggère qu'il en aurait été un, qui vit très mal l'expulsion de la synagogue dans les années 80 à 90, d'où les nombreuses mentions de cette dernière dans son évangile. La ville d'Ephèse peut-être une candidate sérieuse, du fait que la tradition ancienne indique que ce fut là que la communauté johannique se développa. Tout cela n'est que pure conjecture.

Lorsque l'on cherche à se faire une idée précise de la datation ou des origines des Évangiles, on bute assez rapidement sur la multiplicité des théories afférentes à ce propos.

c) Quand ?

C'est toutefois, la seule chose concernant les évangiles où le consensus est de rigueur chez les spécialistes pour une marge entre 65 et 100, du fait que l'on doit tenir compte de deux faits précis la destruction du Temple et l'expulsion des synagogues, entre 70 et 88.

Marc aurait écrit son évangile entre 65 et 70, en tenant compte du fait, comme je l'ai écrit plus haut, que la destruction du Temple n'est pas évoquée dans le discours sur les choses dernières au chapitre 13, et le fait que Jésus disent à ses disciples qu'« il en est d'ici présent qui ne goûteront la mort avant d'avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance » (Marc 9, 1) . Toutefois, les critiques moins conservateurs y ont vu une réalisation après coup, ce qui daterait son évangile d'après 70. L'auteur du Livre de Daniel avait fait de même au IIème siècle avant J.-C.

La datation des évangiles de Matthieu et de Luc aurait été écrite toutes deux entre 80 et 90. Les deux évangiles ont été écrite alors que le Temple avait été détruit, comme l'indique leurs discours sur les choses dernières plus long que celui de Marc, et dans un contexte de lutte contre les Pharisiens, qui au lendemain de la chute du Temple, était devenu le parti majoritaire dans le Judaïsme, et qui sont violemment attaqué dans ces deux évangiles. Mais rien n'indique une expulsion des Chrétiens de la synagogue comme à l'époque de l'évangile de Jean, même si on peut sentir un contexte qui est favorable dans le discours de Jésus concernant la conduite à tenir des disciples face aux persécutions.

Pour l'évangile de Jean, « Le seul contexte historique qui soit explicitement évoqué (...) est l'affrontement des disciples avec la synagogue et en particulier leur exclusion de celle-ci (9,22; 12,42; 16,2). Quelle qu'ait été sa forme, cette exclusion se situe dans les années 80-90 (...) La mise en évidence du contexte polémique dans lequel prend place l'évangile permet sa datation: il a été composé après la rupture d'avec la synagogue pharisienne, c'est-à-dire après 85. » (Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament, Labor et fides, 2000. Page 361). La plupart des experts penchent en fonction de ce contexte pour une date qui serait entre 90 et 110.

Les évangiles ne seraient donc qu'une photographie des événements qui ont touchés les communautés chrétiennes à l'époque où les évangélistes écrivaient leur texte face à des événements qui les avaient profondément marquées entre la lapidation de Jacques, le frère de Jésus, en 62, à l'écrasement de la dernière révolte juive par les Romains en 135. Et ce qui a amené l'inévitable séparation entre les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens, comme le montre le fait que les évangiles de Matthieu et de Luc, écrit à la même période s'adressent à des publics si différents, mais dans un même contexte de concurrence avec le Judaïsme rabbinique, aussi prosélyte que les premières communautés chrétiennes.

Mais le mot évangile n'apparut qu'entre 130 et 150 du fait de l'hérésiarque Marcion qui donna aux évangiles leur nom au genre avec son Evangelion. De ce fait, les « mémoires des apôtres » de Justin Martyr prirent alors le nom d'évangiles. Toutefois, le nom d'évangiles était si nombreux, si l'on croit Irénée dans son Contre les Hérésies, et les découvertes archéologiques faites depuis le XIXème siècle, que les premiers Pères de l'Eglise, dont le plus actif fut Irénée, évêque de Lyon, entre les années 160 à 180, à définir le nombre des évangiles, qui se trouvèrent réduit au nombre de quatre, déjà dans la première liste du canon de Muratori en 178. Ce qui élimina tous les évangiles qui ne reconnaissait pas le Judaïté de Jésus ou était trop spirituel, alors que le Christianisme était en concurrence avec les sectes gnostiques, dont Marcion fut un des représentants à Rome. Ce faillit être le cas de l'évangile de Jean dont le contenu mystique et son attrait par les sectes gnostiques le rapprochait top des évangiles gnostiques, tel celui de Philippe et de Thomas. Ces derniers interdits furent appelés apocryphes, c'est-à-dire secrets, et disparurent, conservés et cachés par les communautés dont la théologie furent interdites. Après tout, c'est toujours le vainqueur qui a le dernier mot.

Même si la perte des équivalents hébreux de l'évangile de Matthieu, en particulier l'évangile des Hébreux et celui des Nazaréens reste une perte inestimable, la plupart des évangiles apocryphes, à part l'évangile de Thomas, ne sont pas d'un grand intérêt pour retrouver qui fut vraiment le personnage historique qu'était Jésus du fait de leur trop grande spiritualité et de leur datation au IIème siècle, qui rend toute utilisation difficile pour une recherche historique crédible à l'heure actuelle.
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#Posté le jeudi 16 juillet 2009 09:45

Modifié le lundi 14 décembre 2009 13:16

Le Testimonium Flavianum authentique ?

C'est un débat qui a vu le jour au XVIème siècle, relancé par les théoriciens de la non existence de Jésus depuis le XIXème siècle, a donné lieu à un flots d'encre qui sont loin d'être taris en ce XXIème siècle, car ce passage des Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe (37-100), le plus fameux historien juif du Ier siècle, écrit vers 93, est le seul témoignage de l'existence de Jésus, contemporain de la première communauté chrétienne. Et il fut longtemps considérée comme une preuve indubitable du passage de Jésus sur notre terre.

Le passage se situe aux paragraphes 63 à 64 du livre 18 et se présente ainsi :
« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage, [si toutefois il faut l'appeler un homme, car] ; c'était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs ; Celui-là était le Christ. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l'avaient aimé précédemment ne cessèrent pas. Car il leur apparut après le troisième jour, vivant à nouveau ; les prophètes divins avaient dit ces choses et dix mille autres merveilles à son sujet]. Jusqu'à maintenant encore, le groupe des Chrétiens ainsi nommé après lui n'a pas disparu. »

Et il fut longtemps considérée comme une preuve indubitable du passage de Jésus sur notre terre.

1. Un débat encore ouvert

Aujourd'hui, les opinions sont plus divisées. Certains chercheurs considèrent qu'il s'agit d'un faux grossier, mais d'autres admettent que Josèphe a écrit un court passage concernant Jésus, plus ou moins modifiées par des mains pieuses.

a) Un faux

Pour ceux , dont Pierre Geoltrain, qui jugent ce passage inauthentique, le texte serait un ajout chrétien antérieur à la rédaction de l'Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée au IVème siècle. En effet, Origène ne dit -il pas que « Josèphe ne croyait pas que Jésus était le Christ » au IIIème siècle. Et même après le IVème siècle, certains écrivains chrétiens qui ont lu Josèphe, Photius par exemple, n'en parlent pas, comme si l'exemplaire des Antiquités Judaïques qu'ils avaient eu entre les mains ne contenait pas ce passage.

De plus, pour un juif orthodoxe, descendant d'une souche sacerdotale hébraïque, qui écrit pour montrer la supériorité de la Torah sur toutes les autres lois, il n'aurait pas adhéré à la catéchèse chrétienne primitive selon laquelle Jésus était le Messie, dont il attendait encore la venue, comme tous les autres juifs.

Et ce texte serait une insertion maladroite entre deux récits qui s'enchaîne bien sans lui, comme le montre son commencement : « Au même temps, environ, vécut Jésus, un homme sage... ». Peut-être même, d'après les historiens qui vont plus loin que Geoltrain, l'oeuvre d'Eusèbe de Césarée, au IVème siècle, qui est le premier dit-on à évoquer son passage dans on histoire ecclésiastique, et dont on reconnaîtrait le style dans ce passage. Cela serait confirmé par L'expression « il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs » que curieusemet, on ne trouve que dans un ouvrage d'Eusèbe, Theophania : « Le témoignage des historiens montre qu'il attira à lui non seulement les douze apôtres, non seulement les soixante dix disciples, mais aussi beaucoup de Juifs et des Grecs. »

b) Un authenthique

Cependant, d'autres spécialistes, dont Serge Bardet et Etienne Nodet, penchent plutôt pour l'authenticité de ce passage, qui selon eux a un style propre à cet historien juif du Ier siècle. Et il n'évoque pas toutes les sectes juives de l'époque, seulement celles qu'il a cotoyé. Ainsi, il ne parle pas des baptistes, qui ont eux aussi beaucoup de succès en Palestine, Syrie, Anatolie et Mésopotamie, bien qu'il ait été un disciple de l'ermite Bannous et qu'il évoque longuement Jean Baptiste.

Et il évoque indirectement Jésus dans un passage, unanimement reconnu par les historiens, où il évoque la lapidation de Jacques frère de Jésus en 62 de cette manière : " Jacques, le frère de Jésus appelé Christ ", bien que ce passage sur quelques manuscrits figurait sous cette ferme : " Jacques, le frère d Jésus que l'on appelait le Christ ". Cela démontrerait que l'expansion du mouvement chrétien, en particulier à Rome, ne pouvait laisser un homme qui décrit les événements en historiens insensible au fondateur de la secte. Mais il le fait peut-être de façon ironique car Jésus participait d'un phénomène auquel il s'était en vain opposé lors de la guerre juive entre 66 et 70, l'agitation messianique. Une preuve supplémentaire est le fait qu'Origène évoque que « Josèphe ne croyait pas que Jésus était le Christ ». Cela prouverait qu'il avait lu sous une forme non interpolée le passage au IIIème siècle.

En 2002, dans son livre, le Testimonium flavianum, Serge Bardet pense, comme John Paul Meier, dans Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. I. Les sources, les origines, les dates (Éd. du Cerf, coll. « Lectio divina Hors collection », Paris, 2004), que le texte correspondrait bien à l'état de la christologie de la fin du Ier siècle, dont Joseph aurait pu avoir connaissance.

2. l'hypothèse du remaniement

Mais c'est là que se trouve l'interrogation pour les experts. Si le passage est authentique, est-il contaminé par des interpolations partielles, ou victimes d'erreurs de transcription en langue grecque dans laquelle était écrit le passage.

a) Un court passage authentique

Ceux qui soutiennent cette hypothèse, parmi lesquels John Paul Meier et Serge Bardet, mettent entre parenthèses les trois passages, qui sont d'origine chrétienne. Le texte d'Eusèbe de Césarée, sans interpolations, serait ainsi dégagée de sa substance chrétienne et donnerait à peu près ceci :
« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage ; c'était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l'avaient aimé précédemment ne cessèrent pas. [Car il leur apparut après le troisième jour, vivant à nouveau ; les prophètes divins avaient dit ces choses et dix mille autres merveilles à son sujet]. Jusqu'à maintenant encore, le groupe des Chrétiens [ainsi nommé après lui] n'a pas disparu. »
Ainsi, il reste une présentation de Jésus qui ne peut être l'oeuvre d'un chrétien de quelque période que ce soit et qui, au contraire est plausible venant de Josèphe qui était au courant au moins de quelques faits de la vie de Jésus.

b) Les manuscrit syriens

Cependant, selon d'autres experts, dont Shlomo Pinès, de l'Université hébraïque de Jérusalem, une version courte, d'origine syrienne, aurait mieux conservé la forme primitive du texte car la Syrie, à partir du VIIème siècle, fut une région sous domination musulmane, donc pas sous l'influence du Christianisme orthodoxe, qui se développe après le Concile de Nicée (325). L'Histoire universelle d'Agapios de Menbidj, évêque melchite de Hiérapolis au Xe siècle, en langue arabe, en donne une des versions :
« À cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus dont la conduite était bonne ; ses vertus furent reconnues. Et beaucoup de Juifs et des autres nations se firent ses disciples. Et Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui s'étaient faits ses disciples prêchèrent sa doctrine. Ils racontèrent qu'il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu'il était vivant. Il était considéré (par eux) comme le messie au sujet duquel les prophètes avaient dit des merveilles. »
On peut également lire une autre version de tradition syrienne plus fidèle au récit donné par Eusèbe de Césarée, dans la Chronique syriaque de Michel le Syrien, patriarche jacobite d'Antioche au XIIème siècle :
"En ce temps-là, il y eut un homme sage du nom de Jésus s'il nous convient de l'appeler homme. Car il était l'auteur d'½uvres glorieuses et maître de vérité. Et de beaucoup parmi les Juifs et parmi les nations il fit ses disciples. On pensait qu'il était le Messie. Et non selon le témoignage des chefs de notre peuple. C'est pourquoi Pilate le livra au châtiment de la croix et il mourut. Et ceux donc qui l'aimaient ne cessèrent pas d'aimer. Il leur apparut au bout de trois jours, vivant. Car les prophètes de dieu avaient dit sur lui de telles merveilles. Et jusqu'à nos jours n'a pas cessé le peuple chrétien qui tire de lui son nom."

Certes, ces versions se rapprochent de la pensée juive de l'époque, mais comme le suggère A. Paul, dans Les Cahier Evangile n°14, Intertestament, p 21 : " Il est impossible de reconstituer le texte primitif tel que Josèphe l'aurait rédigé. Plutôt que de considérer les recensions comme des variantes d'un seul et même texte dit ' primitif ', il convient de voir en chacune d'elles un texte différent ".

c) La théorie d'Herman Somers

Toutefois, un psychologue flamand, Herman Somers, en 1977, a relancé le débat, en proposant une hypothèse originale, celle de l'erreur de transcription, ce qui donne un sens tout à fait différent au passage et moins sujet à caution :
" Vers ces temps là un homme sage est né, s'il faut l'appeler sage. Il accomplissait notamment des actes bizarres et est devenu un maître pour des gens qui l'acceptaient vraiment avec enthousiasme. Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de grecs: le Christ c'était lui. Et c'est lui (justement) qui, quand, par suite de l'accusation de la part des gens notables parmi nous, avait été condamné par Pilate à être crucifié, que ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé : Il leur était apparu le troisième jour de nouveau vivant, les divins prophètes ayant prétendu ceci et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le (petit) peuple qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu. "
Le témoignage sous cette forme serait authentique, car il y aurait un vision négative de l'auteur à l'encontre des affirmations messianiques des disciples de Jésus. Flavius Josèphe avait en effet vécu l'agitation messianique des années 40-70, et en tant que Pharisien, se trouvait en concurrence avec les chrétiens, tout aussi prosélyte que l'était la secte dont il était membre.

La plupart des spécialistes, contrairement à ce que sous entendent les théories mythistes, supposent actuellement que ce passage est bien de Josèphe. Parmi eux, le laïc, Pierre Vidal-Naquet, les spécialistes Juifs Paul Winter et Louis H. Feldman, Myriam Haddas-Lebel, les spécialistes Protestants S.G.F. Brandon, Morton Smith, et James H. Charlesworh et les Catholiques Carlo M. Martini, Wolfgang Trilling et A.-M. Dubarle. Selon eux, soit ce passage a été modifié par un copiste chrétien, parce qu'il était négatif pour Jésus, soit il était bien à l'origine de Josèphe, mais on y a interpolé des éléments chrétiens. Mais cela prouverait que Josèphe a donc reconnu sa réalité historique pour les raisons déjà évoquées plus haut. Herman Somers semble avoir voulu unir les deux hypothèses, mais son travail reste marginal parmi les spécialistes de la question.
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#Posté le vendredi 17 juillet 2009 08:46

Modifié le mercredi 02 décembre 2009 14:20

Jésus, un inconnu pour ses contemporains ?

Ce qui est certain c'est que ce fut bien le cas avant le développement de la communauté chrétienne surtout à partir des années 135-150.
Peut - on y voir une preuve de la non existence de Jésus ?
C'est aller un peu vite en besogne, comme trop de partisans de la thèse mythiste l'ont fait.

1. Le silence des sources romaines

Mais les faits y invitaient aisément. Ainsi, les historiens païens contemporains de Jésus n'en soufflent mot, et ce jusqu'aux années 115-117 dans les Annales de Tacite et de manière peu élogieuse : "Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition perçait de nouveau, non seulement dans la Judée, berceau du mal, mais à Rome même."(Tacite, Annales, 15, 44).

a) la première raison : disparition des ouvrages contemporains

Dans certains cas, la perte des ouvrages des historiens contemporains peut expliquer aussi ce silence : la partie allant de la fin de l'année 29 jusqu'au milieu de l'année 30 (période du ministère de Jésus si l'on privilégie la chronologie des synoptiques) de l'Histoire romaine de Velleius Paterculus(-19 - +31) a disparu, de même pour l'Histoire romaine de Servilius Nonanius ( ? - +60) et l'Histoire Générale d'Aufidius Bassus (+10 - +65).

b) deuxième raison : des allusions seulement indirectes

Mais même lorsque qu'on a des allusions, elles sont indirectes.
Ainsi,Pline l'ancien (-23 - +79), qui a visité trente ans après les événements la Palestine est très prolixe sur la Judée et la Samarie dans l'Histoire Naturelle, commencé à rédiger à partir de 50. Mais étrangement pas sur la secte naissante. Il fait pourtant allusion aux naziréniens, présents en Syrie. C'est la première mention de ce terme. Il semble désigner un groupe baptiste, et non les premiers chrétiens. Par contre, il nous propose une étude sérieuse du mouvement essénien qui démontre la forte implantation du mouvement dans la Judée du Ier siècle. On peut également regretter qu'il ne nous reste rien de son Histoire, dont Tacite, nous dit, qu'il l'a utilisé pour rédiger ses Annales. De là à penser que la notice serait une allusion à cette oeuvre de Pline, il n 'y avait qu'un pas sur lequel nous ne devons aller sinon qu'avec grande prudence.

Les témoignages historiques juifs contemporains sont eux-mêmes aussi peu prolixes que ceux païens.

2. Le silence des sources juives

Il n'y a étrangement que deux allusions de l'historien Flavius Josèphe (je vous renvoi au précédent article), le fameux Testimonium flavianum et la notice dur la lapidation en 62 de "Jacques, le frère de Jésus, appelé Christ ".

a) deux rares allusions de Flavius Josèphe

La seule allusion de Flavius Josèphe qui soit considéré par tous les chercheurs comme authentiques est une allusion indirecte. C'est celle-ci : " Anan (un grand prêtre juif) réunit un sanhédrin et y traduisit Jacques, le frère de Jésus, que l'on appelait le Christ, et certains autre, en les accusant d'avoir transgressé la Loi et les fit lapider. " L'authenticité n'en est plus remise en cause, sinon partiellement, car ce texte est neutre, ni pro-, ni anti-chrétien. Ainsi, on trouve plutôt dans quelques manuscrits " Jacques, le frère de Jésus, que l'on appelait le Christ ". Ce qui démontrerait le fait qu'ici aussi Josèphe, comme dans le texte du Testimonium Flavianum, ne considérait pas Jésus comme le Messie.
Le texte sans les interpolations chrétiennes du Testimonium Flavianum, qui lui est loin de faire l'unanimité (voir l'article précédent) est ainsi représentatif du fait que c'est un homme extérieur à la secte chrétienne naissante qui voit Jésus sans aucune croyance à sa christologie, comme le montre les termes " homme sage ", " faiseur de prodiges " : « En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage ; c'était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l'avaient aimé précédemment ne cessèrent pas. Jusqu'à maintenant encore, le groupe des Chrétiens [ainsi nommé après lui] n'a pas disparu. »

Tout cela est bien maigre d'autant plus que les autres historiens juifs contemporains n'en disent guère plus.

b) le silence étrange des autres historiens contemporains

Philon d'Alexandrie (-12 - +54), philosophe et historien juif hellénisé, semble méconnaître Jésus, alors que son mouvement semble essaimer en Palestine à son époque. Pourtant, dans son fameux Legatio ad Caium, concernant l'ambassade qu'il mène auprès de Caligula en 39 - 40, il relate avec force de détails les méfaits de Pilate lorsqu'il était préfet de Judée. Mais il ne fait aucune allusion à la crucifixion de Jésus. Et il est un également des deux auteurs juifs contemporains de Jésus à nous parler des Esséniens, après Flavius Josèphe. Mais rien sur les nazoréens, nom sous lequel on dénommait les Chrétiens à leurs débuts, pas même de manière indirecte.
Juste de Tibériade, était l'auteur d'une Chronique du peuple juif, de Moïse à la mort d'Hérode Agrippa II, vers 100, dont il ne reste rien. Toutefois, d'après Photios Ier, patriarche de Constantinople ( 858-867, 877-886) dans sa Bibliothèque vers 860, "Dans aucune partie du livre de Justin de Tibériade je n'ai trouvé la plus petite référence qui parle de la naissance de Christ, de ce qui lui arriva ou de ses actes extraordinaires." Etrange, pour un homme qui a combattu les Romains en Galilée en 67, et était un proche de Flavius Josèphe, et le secrétaire d'Hérode Agrippa II.

Pourquoi après ce survol des sources historiques contemporaines n'a-t-on le droit qu'à seulement deux allusions à Jésus dû à un seul contemporain de la première communauté chrétienne, et une allusion indirecte avec le terme nazirénien?

3. Un intérêt tardif des historiens antiques

La raison en est simple , cela vient de l'intérêt tardif des historiens seulement au IIème siècle, du fait du peu d'intérêt qu'ils avaient pour une secte juive comme toutes les autres.

a) Un groupe de Juifs marginaux

John P. Meier, professeur de Nouveau Testament à Catholic University of America à Washington D.C., nous en donne une explication simple : "Jésus était un Juif marginal dirigeant un mouvement marginal dans une province marginale de l'énorme empire romain. Ce qui est étonnant est le fait qu'il existe quelques Juifs instruits ou quelques païens du premier ou deuxième siècle qui aient connu Jésus ou l'aient même mentionné." De plus, la mort sur la croix n'invitait pas au respect : la crucifixion était la mort réservé à ceux qui s'opposait au pouvoir de l'empereur.

Le fait que Philon, et Pline évoque les Esséniens et non les Nazoréens n'est pas étonnant en soi. En effet, les Esséniens, quasiment inconnu à leurs débuts, sont devenus un groupe important en Judée au Ier siècle, comme le démontre le fait qu'il y avait un quartier essénien à Jérusalem. Pour connaître leurs origines, il faut lire les Manuscrits de la Mer Morte, des documents propres à cette communauté installé à Qumran. Ceux-ci sont les seuls à nous parler de son fondateur, le Maître de Justice. On peut y voir un parallèle avec les débuts de la communauté chrétienne. Les Chrétiens, d'après les Actes des Apôtres, n'étaient que 120.

Et notre seule source d'information sur leurs origines sont les évangiles, et leur fondateur, Jésus, sont également des documents propres à la communauté. Ils ne commenceront à avoir de l'intérêt pour les historiens païens qu'entre la fin du Ier siècle et au début du IIème siècle : leur prosélytisme touche alors même des membres de la famille impériale.

b) La séparation du Judaïsme, facteur de reconnaissance

Les deux premiers historiens païens à les mentionner entre 115 et 122, Tacite et Suétone, figuraient dans les cercles proches du pouvoir. Mais leurs allusions au " Christ " on pu être influencé par la mauvaise réputation de la communauté chrétienne comme le montre le terme de supersitition, accolée à la religion naissante dans les Annales de Tacite comme le montre son récit concernant les origines du Christianisme : "Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition perçait de nouveau, non seulement dans la Judée, berceau du mal, mais à Rome même." (Tacite, Annales, 15, 44).

Les sources de deux historiens provenaient également des archives impériales ou d'historiens romains qui cherchaient à justifier l'expulsion des Juifs entre 48 et 52, et la persécution des chrétiens en 64 . Elles sont aussi d'une grande importance car elle démontre que de Claude à Néron, les Chrétiens, confondus avec les Juifs, commencent à se distinguer d'eux. Ce qui démontre la racine juive du Christianisme. Dans le cas de Tacite, ce passage, si peu favorable à la religion naissante qu'on voit mal être l'oeuvre d'un copiste chrétien, viendrait également peut-être de ce qu'il aurait appris des communautés chrétiennes par ceux qui les côtoyaient et qu'il avait rencontrés à Rome ou dans la province d'Asie où il avait servi de 112 à 114 en tant que gouverneur.

Une même méconnaissance du fondateur du mouvement semble toucher Suétone. Dans sa Vie de l'empereur Claude, il semble méconnaître le " Christ ", qu'il croit encore en vie : "Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l'instigation d'un certain Chrestos, il [= Claude] les chassa de Rome." (Suétone, Vie de l'empereur Claude, 25, 3). certains sont mêmes aller jusqu'à ce demander si ce Chrestos n'avait aucun rapport avec Jésus, car ce nom signifiait en grec, le bon, car Chrestos, est effectivement un nom propre attesté par ailleurs, qu'on relève sur 80 inscriptions latines . Mais le récit de Suétone est recoupé par celui des Actes des apôtres (18, 2) où l'on apprend qu' " un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, (...) venait d'arriver d'Italie avec Priscille, sa femme, à la suite d'un édit de Claude qui ordonnait à tous les Juifs de s'éloigner de Rome. " Ce dernier était bien un chrétien, et sera un ami de Paul à Corinthe lorsqu'il s'y rendra en 52. Suétone pensait peut-être que Chrestos était un agitateur juif qui avait remué les Juifs de la capitale par sa propagande anti-romaine, et n'avait pas compris que ces troubles était dû à une autre rivalité celle entre les Juifs prosélytes des Pharisiens et ceux prosélytes de Jésus.

Les rares sources non chrétiennes sur Jésus sont donc très rares, et parfois ne sont pas indépendantes car elles provenaient soit d'archives romaines peut-être ou sinon des rumeurs ou de ce que l'on apprenait de la communauté chrétienne primitive dans la capitale de l'empire. Tout au plus, nous avons un passage entier sur lui et deux allusions, dont une indirecte. Ce qui est bien maigre car ces sources non chrétiennes ne sont que le reflet de l'intérêt des historiens antiques à un phénomène qui prend de l'importance à un moment donné. Dans le cas qui nous concerne à partir des années 80-90, où l'on assiste aux premières conversions dans les milieux influents de Rome. Raisons pour laquelle les premières mentions de Jésus sont situées entre 93 et 122.

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#Posté le lundi 20 juillet 2009 10:22

Modifié le samedi 26 décembre 2009 13:10

La Guerre des Juifs en slavon, une source authentique ?

Flavius Josèphe, était un pharisien lettré, hellénophone, qui avait combattu lors de la Guerre Juive de 66-70. Il vécut à Rome, sous la protection du futur empereur Titus, comme l'indique son nom de citoyen romain Flavius. Il est avec Philon d'Alexandrie, notre source la plus importante sur l'histoire de la Palestine du Ier siècle. Il est l'auteur des Antiquités Judaïques, composé en 93. Mais avant cela, de la Guerre des Juifs entre 75 et 79. Ce livre avait pour objet de relater les événements tels qu'il les avait vécu. De ce texte, il ne nous reste que les traductions grecques de l'original qui avait été écrit en araméen vers 75, évoqué par Flavius Josèphe dans le préambule de son ouvrage.

Cependant, en 1905, une traduction en vieux russe (le slavon) fut retrouvée dans des manuscrits datant d'entre le Xème et le XIIIème siècle. Elle comportait nombre de détails que l'on ne trouve pas dans le texte en grec. Parmi lesquels des passages relatifs à un homme sauvage, et un thaumaturge crucifié, ainsi que les disciples de ce dernier. Derrière ces personnages, on a pu distingué Jean le Baptiste, Jésus et ses apôtres.
Selon Etienne Nodet, professeur à l'école biblique de Jérusalem, le manuscrit slavon, reprendrait le texte original en araméen, dont nous avions perdu la trace. Les nombreuses allusions aux réminiscences bibliques et exégèses prophétiques qui ne parsèment plus la traduction grecque, en serait un indice. Flavius Josèphe aurait éliminer toute allusion au Judaïsme, en particulier politique, pour que sa traduction en grec de la Guerre des Juifs soit accepté par la censure impériale. Ce ne fut le cas qu'en 78-79.

Contrairement à Etienne Nodet, qui défend l'intégralité des passages, je resterai prudent.

1. Le Slavon, authentique ?

Dans cet article, je n'étudierai que les passages concernant Jésus. Trois passages semblent des interpolations chrétiennes flagrantes.

a) Les passages, les moins sujets à caution

Les morceaux les moins sujets à caution sont ceux qui ont été mis en évidence par Robert Eisler et Théodore Reinach, dans les années 1920 - 1930. Ces derniers ne sont pas à l'abri d'interpolation, souligné dans les deux passages suivants :
" Alors parut un homme, s'il est permis de l'appeler homme. Sa nature et son extérieur étaient d'un homme, mais son apparence plus qu'humaine, et ses oeuvres divines : il accomplissait des miracles étonnants et puissants. Aussi ne puis-je l'appeler homme. D'autre part, en considérant la commune nature, je ne l'appellerai pas non plus ange." Alors parut un homme, s'il est permis de l'appeler homme. Sa nature et son extérieur étaient d'un homme, mais son apparence plus qu'humaine, et ses oeuvres divines : il accomplissait des miracles étonnants et puissants. Aussi ne puis-je l'appeler homme. D'autre part, en considérant la commune nature, je ne l'appellerai pas non plus ange. Et tout ce qu'il faisait, par une certaine force invisible, il le faisait par la parole et le commandement. Les uns disaient de lui : “ C'est notre premier législateur qui est ressuscité des morts et qui fait paraître beaucoup de guérisons et de preuves de son savoir. ” D'autres le croyaient envoyé de Dieu. Mais il s'opposait en bien des choses à la Loi et n'observait pas le sabbat selon la coutume des ancêtres ; cependant, il ne faisait rien d'impur ni aucun ouvrage manuel, mais disposait tout seulement par la parole. « Et beaucoup d'entre la foule suivaient à sa suite et écoutaient ses enseignements. Et beaucoup d'âmes s'agitaient, pensant que c'était par lui que les tribus d'Israël se libéreraient des bras des Romains. Il avait coutume de se tenir de préférence devant la cité, sur le mont des Oliviers. C'était là qu'il dispensait les guérisons au peuple. Et auprès de lui se rassemblèrent cent cinquante serviteurs, et d'entre le peuple un grand nombre. Observant sa puissance, et voyant qu'il accomplissait tout ce qu'il voulait par la parole, ils lui demandaient d'entrer dans la ville, de massacrer les troupes romaines et Pilate, et de régner sur eux. Mais il n'en eut cure. Plus tard, les chefs des Juifs en eurent connaissance, ils se réunirent avec le grand prêtre et dirent : “ Nous sommes impuissants et faibles pour résister aux Romains, comme un arc détendu. Allons annoncer à Pilate ce que nous avons entendu, et nous n'aurons pas d'ennuis : si jamais il l'apprend par d'autres, nous serons privés de nos biens, nous serons taillés en pièces nous-mêmes et nos enfants dispersés en exil. ” Ils allèrent le dire à Pilate. Celui-ci envoya des hommes, en tua beaucoup parmi le peuple et ramena ce thaumaturge. Il enquêta sur lui, et il connut qu'il faisait le bien et non le mal, qu'il n'était ni un révolté, ni un aspirant à la royauté et le relâcha, car il avait guéri sa femme qui se mourait. Et, venu au lieu accoutumé, il faisait les oeuvres accoutumées. Et de nouveau, comme un plus grand nombre de gens se rassemblaient autour de lui, il était renommé pour ses oeuvres par-dessus tous. Les docteurs de la Loi furent blessés d'envie, et ils donnèrent < talents à Pilate pour qu'il le tuât. Celui-ci les prit et leur donna licence d'exécuter eux-mêmes leur désir. Ils le saisirent et le crucifièrent en dépit de la loi des ancêtres. "
" Il y avait des piliers égaux et sur eux des épigraphes en caractère grecs, latins et juifs, énonçant la loi de pureté, à savoir qu'aucun étranger ne devait entrer; car c'était ce que l'on appelait le sanctuaire intérieur, où l'on accédait par quatorze marches. l'aire supérieure était de forme carrée. Au-dessus des épigraphes était suspendue une autre dans les mêmes caractères, disant que Jésus roi n'avait pas régné, mais avait crucifié par les Juifs, parce qu'il prédisait la destruction de la cité et la dévastation du Temple. "


b) Un passage, éloigné de la doctrine chrétienne

L'étude du premier passage nous permet de voir l'ensemble des problèmes que nous pose l'authenticité même partielle de ces deux passages.
Comme nous le fait remarquer Etienne Nodet, l'auteur, qui pour lui est Flavius Josèphe semble éprouver de la sympathie pour Jésus qu'il désigne comme un thaumaturge, n'osant citer son nom. La version d'Herman Somers du Testimonium Flavianum se rapprocherait de ce passage car elle ne nomme pas Jésus, qualifié d' " homme sage ".
La raison en était, d'après Etienne Nodet, la crainte de l'historien juif de sa puissance de guérisseur, car ses actes - des " oeuvres divines " dans le récit - relèveraient du divin et non de la Magie. Les passages suivants le refléteraient :
" Sa nature et son extérieur étaient d'un homme, mais son apparence plus qu'humaine, et ses oeuvres divines : il accomplissait des miracles étonnants et puissants. Aussi ne puis-je l'appeler homme. D'autre part, en considérant la commune nature, je ne l'appellerai pas non plus ange."
Cette vision se rapproche de celle de Flavius Josèphe si l'on suit la version d'Herman Somers : " Vers ces temps là un homme sage est né, s'il faut l'appeler sage..."
Cette hésitation sur la nature de Jésus par notre auteur viendrait du fait que le thaumaturge y est vu comme un homme de Dieu, qui est supérieur aux hommes autres hommes, comme c'est le cas pour Salomon, créateur de l'art de l'exorcisme(Antiquités Judaïques, 8, 43-44, 46). C'est une vison typiquement juive qui a trait à tous les " hommes de Dieu ", tels les prophètes et les exorcistes, dans le Judaïsme du Ier siècle.
Un autre fait qui prouverait l'authenticité du passage en dehors de ces recoupements est qu'il n'y a aucun soupçon de messianité. Les allusions au sujet du thaumaturge, venant des spectateurs, montre qu'il était vu comme un prophète : " Les uns disaient de lui : “ C'est notre premier législateur qui est ressuscité des morts et qui fait paraître beaucoup de guérisons et de preuves de son savoir. ” D'autres le croyaient envoyé de Dieu. " C'est la rumeur populaire, qui voit en lui un libérateur (en fait le Messie) et qui explique la réaction des grands-prêtres qui le livre à Pilate, qui finit par le faire crucifier. Une vision peu chrétienne, qui selon Etienne Nodet, inciterait à privilégier une plume juive plutôt qu'une interpolateur judéo-chrétien, qui n'aurait pas hésiter à mettre en avant la messianité du thaumaturge.

c) un passage remanié

La fin du récit est par contre sujet à caution pour Reinach et Eisler. L'interpolation chrétienne y est nette, se rapprochant de l'évangile de Nicodème. Reinach proposait pour retrouver le contexte original du récit, la traduction roumaine d'où il enlevait les passages suspects :
" Ils allèrent donc et firent rapport à Pilate. Celui-ci envoya des soldats et fit tuer nombre de gens. Il fit amener devant lui le thaumaturge et, après enquête prononça le jugement : " C'est un malfaiteur, un rebelle, un aspirant à la royauté. " Ils mirent la main sur lui et le crucifièrent en accord avec la loi des empereurs. "
Jésus est restitué dans la perspective politique de l'agitation messianique du Ier siècle, et la mise en cause des grands prêtres de manière partielle dans le Testimonium Flavianum inviterait à voir dans le récit du thaumaturge crucifié l'oeuvre de l'historien juif.

2. Un passage précurseur de celui du Testimonium Flavianum ?

Mais cette interprétation est minoritaire et le débat est encore ouvert pour savoir si ce passage vient d'une source ancienne ou s'il n'est pas plutôt l'oeuvre ancienne d'un copiste chrétien ou plus récente d'un copiste médiéval.

a) Une source plus ancienne que le Testimonium Flavianum

D'après Etienne Nodet, ce récit de la Guerre des Juifs en slavon attesterait l'authenticité du Testimonium Flavianum , duquel il se rapproche, par son ancienneté. Un fait aurait changé la vision de Josèphe entre 75 et 93, l'expansion au sein de l'empire romain de la communauté chrétienne, qui mêlaient juifs et païens, et devenait ainsi une concurrente des pharisiens, également très prosélytes. Si l'on suit cette théorie, qui est aussi celle de Justin Taylor, son collègue à l'école biblique de Jérusalem, Josèphe aurait été le témoin d'un ensemble de tradition où aurait puisé également les auteurs des Quatre Evangiles.

On peut entrevoir un phénomène identique à ceux des manuscrits syriens des Antiquités Judaïques. L'éloignement des royaumes slaves, convertit à partir du IXème siècle, et où s'est maintenue des communautés hérétiques, auraient favorisés la conservation de ces manuscrits.

Cependant, on peut faire valoir que ce passage n'est pas de Josèphe car il peut également provenir d'une communauté judéo-chrétienne, ayant puisé dans cet ensemble de traditions que l'on ne retrouve plus que dans ce manuscrit slave de la Guerre des Juifs.

b) Une interpolation ancienne ?

Les éléments judéo-chrétiens des évangiles et des Actes des Apôtres en sont un indice. Ainsi, les 150 disciples du thaumaturge correspondent aux 120 membres de la communauté chrétienne primitive dans les Actes des Apôtres. La demande au thaumaturge de libérer la Judée des romains correspond au chapitre 6 de Jean, qui proviendrait d'une tradition judéo-chrétienne. Le récit en slavon, dans cette théorie, aurait pu être inséré entre le début et le milieu du IIème siècle , à une époque où la doctrine du peuple déicide n'était pas encore développée. Les interpolations auraient été ajoutées au Xème siècle, l'Eglise orthodoxe, quiavait converti les Slaves, étant fortement anti-judaïques. Leur base aurait été l'Evangile de Nicodème qui accusit les Juifs de la mort de Jésus.

Cette hypothèse se trouverait renforcé par le passage, ayant trait aux piliers du Temple. L'épitaphe concernant Jésus serait un exemple de damnatio memoriae, visant à stigmatiser la mémoire de Jésus, comme un faux-prophète, ayant vainement aspirer à la royauté. L'inscription était placée, pense les défenseurs de ce passage, à l'endroit où le Christ avait chassé les marchands du Temple. Cela expliquerait la mention par Hegésippe d'une '' porte de Jésus crucifié " dans le temple. Les traditions judéo-chrétiennes recoupent ainsi le manuscrit slave, renforçant peut -être l'interpolation par des milieux judéo-chrétiens.

c) Une interpolation du Moyen-Âge ?

Toutefois, la plupart des historiens et exégètes jugent ces passages inauthentiques. Ils seraient l'oeuvre des auteurs de ce manuscit en slavon entre le Xème et le XIIIème siècle. Convertis de l'Eglise orthodoxe, il en aurait repris les talents de faussaires aussi bien en reliques qu'en littérature. L'évangile de Nicodème, connu dans les milieux lettrés de l'orthodoxie, en serait une preuve.

Certains passages qui mettent directement en cause les autorités juives en sont des révélateurs : " Les docteurs de la Loi furent blessés d'envie, et ils donnèrent trente talents à Pilate pour qu'il le tuât. Celui-ci les prit et leur donna licence d'exécuter eux-mêmes leur désir. Ils le saisirent et le crucifièrent en dépit de la loi des ancêtres. " En effet, l'évangile de Nicomède est un des seuls évangiles à accuser Hérode Antipas d'avoir prononcé sa mort (ce que ne faisait pas l'évangile de Luc) et les autorités juives d'avoir poussé à son exécution et de tenter de cacher sa résurrection en moyennant le témoignage des soldats romains.

Ceci explique pourquoi ce manuscrit fut oublié dans les années 1930, malgré la défense vigoureuse qu'en firent Robert Eisler et Théodore Reinach.

Le passage concernant le thaumaturge crucifié, malgré les défenseurs de son authenticité ne serait donc qu'une interpolation. Reste à savoir si elle serait ancienne ou récente. Les travaux d'Etienne Nodet et Justin Taylor, au lieu de nous permettre de croire à l'authenticité de ce passage nous amène à nous demander si ce n'est pas une interpolation venant des milieux judéo-chrétiens car on peut y voir un ensemble de traditions perdus sur Jésus, mieux à même de nous le remettre dans le contexte religieux et politique du Judaïsme du Ier siècle. Toutefois, il faut rester prudent car les faussaires byzantins et slaves ont pu s'inspirer de l'évangile de Nicodème et de textes que nous ne possédons pour faire un faux de bonne qualité, imprégné de la doctrine chrétienne du Ier siècle. Nous verrons que le même problème se pose au sujet des passages du Slavon concernant l'homme sauvage, c'est-à-dire Jean le Bapiste, dont je parlerai plus tard.
Tags : Christianisme
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#Posté le mercredi 22 juillet 2009 09:57

Modifié le lundi 26 avril 2010 01:51

Bethléem de Juda, lieu de naissance de Jésus ?

Ce débat est toujours en cours chez les historiens. Du fait, surtout des mentions contradictoires dans les Quatre évangiles. Ceux-ci ont été écrit entre 64 et 135, dans des contextes différents, et pour défendre une expression de la foi de leurs communautés différente. Dans ces conditions, on peut se demander si Jésus est bien né à Bethléem, la cité du Roi David ?

1. Jésus est-il bien né à Bethléem ?

La question mérite d'être posé tant les évangiles sont contradictoires sur le lieu d'origine de Jésus.

a) Une tradition ancienne

C'est les évangélistes Luc et Matthieu, entre 80 et 90, qui situe la naissance de Jésus à Bethléem. L'ancienneté de la tradition est attestée par Justin le Martyr, dans son Dialogue avec Tryphon (155-161), qui relate que le lieu de naissance de Jésus était une grotte, en dehors de la ville. Origène, en 247, nous signale que la population considérait une grotte comme le lieu de naissance de Jésus. Peut-être la même que celle de l'apologiste Justin. D'après Jérôme de Stridon (Epistola, 58, 3), qui vécut à Bethléem à la fin du IVe siècle, la grotte de Bethléem aurait été un lieu de culte déjà à l'époque de l'empereur Hadrien (117-138), qui l'aurait transformé en lieu de culte à Adonis, un dieu phénicien de la fertilité, après la fin de la deuxième Guerre Juive, en 135. Le but en était d'empêcher tout nouveau soulèvement, en éliminant toute forme de messianisme, même modéré de Judée, tel la vénération du Messie Jésus par les communautés judéo-chrétiennes.

Toutefois, dans les récits des évangélistes Luc et Matthieu, il y a des contradictions flagrantes.

b) Des contradictions ?

Dans le chapitre 1 de Matthieu, Jésus est né à Bethléem, car c'est le lieu de résidence habituel du couple, comme le montre le verset 11 : " dans le logis ". Dans le chapitre 2 de Luc, le couple habite Nazareth et ne vient dans la ville de Bethléem que suite au recensement de Quirinius. Deux faits inconciliables. Ainsi, la fin des récits de l'enfance de Matthieu, fait aller opportunément Joseph à Nazareth pour y réaliser une prophétie biblique inconnue. On peut faire valoir le même argument pour le recensement de Quirinius. Le fait de se faire enregistrer sur la terre de ses ancêtres n'était pas une pratique de l'administration fiscale romaine, et Marie n'aurait pas été obligée d'accompagner Joseph, qui était le seul membre imposable du couple. Le seul élément qui soit en commun dans les deux récits est la naissance en Bethléem de Juda.

c) Une origine galiléenne

Cependant, cette naissance à Bethléem ne semble pas aller de soit dans l'évangile de Jean ( 7, 42), où la foule se pose la question des origines de Jésus : " Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? ". Pour ses contemporains, Jésus était originaire de Galilée, et non de Judée. Ce fait semble confirmé par les recherches archéologiques menées par l'archéologue israélien Aviram Oshri, qui démontre que le site de Bethléem semble inoccupée lors de la naissance de Jésus.

2. Des candidates galiléennes ?

Jésus serait alors né en Galilée. Deux hypothèses sont alors possible dans le contexte galiléen :

b) Deux hypothèses possibles : Bethléem de Galilée et Nazareth

1. - Le même archéologue israélien, Aviram Oshri a découvert un village homonyme à celui de Bethléem de Juda, alors inoccupée, en Galilée, à à peine 6 kilomètres de Nazareth. Deux campagnes de fouilles y ont révélées des traces de populations contemporaine de Jésus, et au VIème siècle, les signes d'une importante communauté chrétienne sur ce site. La présence d'un important centre de pèlerinage, constituée d'une basilique byzantin, d'un monastère et d'une hôtellerie à cette même période, serait le signe d'une vénération particulière dont le site était l'objet. cette découverte confirmerait l'hypothèse de l'existence d'une Bethléem de Zéboulôn ( Josué 19, 10, 15), où serait mort le juge Ibtsân (Juges 12, 10), déjà évoqué dans le Jésus de Charles Guignebert, en 1933. Cette localisation d'un Bethléem, située en Galilée, serait plus prudente pour une femme sur le point d'accoucher, comme le signale le récit de Luc (2, 6) : " Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. "
2. - Le village de Nazareth. Les allusions au fait que Jésus en était originaire parsèment les évangiles synoptiques et celui de Jean :
" Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. " (Luc 1, 26-27)
" Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth,... " (Luc 2, 4)
" ... ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. " (Luc 2, 39)
" Philippe rencontre Nathanaèl et lui dit : " Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé : Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. " Nathanaël lui dit : " De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? " (Jean 1, 45-46)
" Il vint à Nazara où il avait été élevé,... " (Luc 4, 16)
" Étant sorti de là, il se rend dans sa patrie,... " Et ses s½urs ne sont-elles pas ici chez nous ? " ... " Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. " (Marc 6, 1, 3,4).
" Quand il entra dans Jérusalem, toute la ville fut agitée. " Qui est-ce ? " disait-on, et les foules disaient : " C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. " ( Matthieu 21, 10-11)

b) Nazareth, une invitation à la prudence

Pourtant, il faut rester prudent, car contrairement à Bethléem, Nazareth est inconnu des sources juives de l'époque. Flavius Josèphe nomme ainsi 45 villes de Galilée, mais pas Nazareth. De même le Talmud, qui évoque 63 villes de Galilée, n'en fait pas mention. Il en est de même pour les géographes païens. Origène, lui-même, n'a pas réussi à retrouver le site de Nazareth. Ce qui lui a fait penser que Nazara était une allégorie.
Nazareth pourrait alors être dû aux deux termes désignant Jésus dans les évangiles et les Actes des Apôtres, " Nazôréen " et " Nazarénien ". Selon les spécialistes, le terme de Nazôréen, désignait une secte baptiste que l'on retrouve dans les années 50 en Syrie ( Pline l'Ancien). Jésus en aurait été un des représentant, de même que Jean le Baptiste. Selon les écrits Mandéens, celui-ci est désigné en temps que chef des nazôréens. Cette secte pratiquait un ascétisme particulier, le naziréat et Nazara pourrait donc désigner la communauté où Jésus aurait été instruit. Le terme Nazarénien serait un terme plus générique pour désigner la ville de Nazara, comme celui de Géraséniens dans l'évangile de Marc (5, 1) si l'on se réfère au texte grec de cet évangile. Mais la référence de Pline au terme "nazirénien " nous invite à la prudence, car le terme nazir, désignant ceux qui faisait le voeux de naziréat, aurait les deux occurences "naziréen" et " nazérénien ". D'autres étymologies sont aussi possibles, celui de branche, " netzer " un terme associé à la maison de David par le Prophète Isaïe (Isaïe 11, 1), ou sinon au mot " ntsyry ", signifiant " sauver " ou " restaurer Israël " dans Isaïe 49,6.

c) Nazareth, lieu d'origine probable

L'archéologue britanique Michael Grant( 1914-2004) préfèrait conclure l'inverse : " Son lieu de naissance le plus probable est Nazareth, en Galilée, ou éventuellement une autre petite ville de la région. " Des faits plaident en faveur de cette localisation à Nazareth :
1. - Comme nous l'avons déjà évoqué plus haut, les allusions à Nazareth sont nombreuses tout au long de sa vie d'adulte au sein des quatre évangiles pour attester de la force de cette tradition ;
2. - Nazareth n'est identifiée par aucune prophétie biblique, à part celle contestable de Matthieu 2, 23 : " Il sera appelé Nazôréen ", que l'on retrouve que dans cet évangile;
3. - Le professeur honoraire de Genève, François Bovon, dans son livre L'évangile selon Luc (1, 1-9, 50), paru en 1991, signale que le récit de l'annonciation à Marie en Luc 1, 26-28 peut s'enchaîner sans interruption sur celui de la circoncision en Luc 2, 21. Ce qui faisait naître dans la tradition primitive judéo-chrétienne Jésus à Nazareth.
4. - Conon, jardinier à Magydus en Pamphylie, dans ses Actes de martyr sous l'empereur Decius, nous apprend que des membres de la parenté de Jésus demeurait encore à Nazareth au milieu du IIIème siècle : “Je suis de la ville de Nazareh en Galilée; je suis de la famille du Christ dont j'ai hérité du culte par mes ancêtres“ (Martyr de Conon, 4, 2);
5. - En 1962, l'archéologue israélien Avi Jonah, a retrouvé lors des fouilles de la ville de Césarée Maritime, une plaque gravée en hébreu du IIIème, présentant une liste de villes refuges des familles rabbiniques pendant la Deuxième Guerre Juive. La ville de Nazareth y figurait, prouvant ainsi son existence en 135.
6. - Enfin, le site de Nazareth, selon les recherches archéologiques, fut réoccupé à partir du IIème siècle avant Jésus-Christ. C'était un simple village agricole, qui ne devait pas avoir plus de 200 habitants, dont le nom, venu de l'étymologie nsr, aurait signifié garder, cacher. On comprend dès lors qu'il n'ait intéressé ni les historiens ni les géographes de l'Antiquité et la remarque de Nathanaël en Jean 1, 46.

Ainsi, pour la plupart des historiens actuels, Jésus serait donc né en Galilée, probablement à Nazareth. En effet, Il faut rester prudent au sujet de l'hypothèse de Bethléem en Galilée, car rien ne nous dit que le village n'ait pas profité lui -même de l'homonymie avec Bethléem de Juda.
Au Ier siècle, '' être né à Bethléem ", en référence à la '' descendance de David, pourrait également avoir signifier dans le contexte juif que l'on était susceptible de devenir le ''roi des Juifs ", le Messie. Les communautés ayant écrit les évangiles de Luc et de Matthieu, éloignées de ce contexte palestinien, aurait pris le terme dans un sens littéral et aurait voulu démontrer que Jésus était né à Bethléem de Juda, la " ville de David " ( Luc 2, 4), sans doute en référence au verset 11 du chapitre 5 du livre de Michée : " Et toi Bethléem , Éphrata, le moindre des clans de Juda, c'est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques ", ainsi que le démontre le chapitre 2 de l'évangile de Matthieu aux versets 5 et 6. Cette référence à Michée semble toutefois avoir été minoritaire au sein du Judaïsme du Ier siècle, car des hommes pieux ont reçu la dénomination de " fils de David ", tel le rabbi pharisien Hillel, bien que ce dernier fut originaire de la Diaspora juive de Babylonie.




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#Posté le lundi 27 juillet 2009 10:57

Modifié le dimanche 29 novembre 2009 13:14

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