Cette question a secoué de nombreuses interrogations tout au long de l'histoire du Christianisme, encore plus depuis que les thèses mythistes ont repris leurs attaques contre le personnage historique de Jésus. On est en droit de se demander s'il existe une réponse approprié de la part de l'exégèse contemporaine sur cette question.
Toutefois, ceux qui ont établi les noms des évangélistes, les Pères de L'Eglise, entre le IIème et le Vème siècle, n'avaient pas ce problème en ligne de mire. Ils devaient démontrer le caractère apostolique des quatre évangiles face aux attaques des courants gnostiques, qui avaient vu le jour à Ephèse à la fin du Ier siècle. Ces derniers se réclamaient eux-mêmes des apôtres, comme le démontre l'évangile de Thomas et celui de Judas, qui semblait connaître un grand succès à la fin du IIème siècle.
Dans ces conditions, il fallait démontrer que les quatre évangiles étaient l'oeuvre de disciples ou de fondateurs des communautés apostoliques. C'est
Irénée, évêque de Lyon de 177 à 202, qui se livrera à cette exercice dans son Contre les hérésies dans la même perspective que la
Première épitre aux Corinthiens de
Paul :
« Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Évangiles (que quatre). En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le Verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit. »C'est lui qui fixe les noms des quatre évangélistes pour la postérité :
« Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Évangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après le départ de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile tandis qu'il séjournait à Éphèse en Asie. » Cette tradition ne fut pas remise en cause avant 1776 avec l'exégète biblique allemand
Johann Jakob Griesbach (1745-1812), qui fut le premier à mettre en évidence les différences qui existaient entre l'évangile de Jean et les évangiles synoptiques, et la proximité de ces dernières qui ont le même plan et le même mode d'enseignement.
Mais cela ne nous démontre pas comment les quatre évangiles ont été rédigé ? Il faudrait avoir sous la main les sources qui ont conduit à la rédaction des évangiles. Et l'évangéliste
Luc n'est guère rassurant dans le préambule de son évangile :
" Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus. "1. Le problème synoptiqueCependant,
Griesbach et
Christian Hermann Weisse (1801-1866), philosophe et théologien protestant allemand, en 1838, ont proposé deux pistes intéressantes pour la rédaction des évangiles synoptiques, celle d'un évangile primitif et celle des deux sources.
a) L'évangile primitifPour la première, l'explication en est simple, les évangélistes auraient eu sous les mains un évangile primitif, un renvoi à la tradition patristique, évoquée plus haut. Les trois évangélistes synoptiques y auraient puisé pour composer leurs évangiles.
On peut classer les recherches sur cet évangile primitif en deux catégories toute se basant sur la priorité d'un évangile.
Il y a d'abord la théorie de la priorité de
Marc. L'idée de base est que
Marc a écrit le premier, Matthieu s'en servant ensuite pour rédigé son évangile, bien sûr augmentée de son matériau propre. Luc aurait ensuite utilisé ses deux prédécesseurs, d'où les concordances sur des points mineurs avec l'évangile de Matthieu. Cette
thèse est souvent
dite de Farrer. Elle fut conçue en 1934 et formulée par
Austin Marsden Farrer (1904-1968), théologien et philosophe anglais, en 1955. Son plus brillant défenseur actuel est le Dr.
Mark S. Goodacre, professeur au département de Religion de la Duke University à Birmingham.
Mais les exégètes, parmi les quels le dominicain
Marie-Emile Boismard (1916-2004), professeur de Nouveau Testament à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem et à l'Université de Fribourg en Suisse, ont découvert, en scrutant les répétitions injustifiées de l'
Évangile dit de Marc, qu'on croyait jusqu'alors tiré des souvenirs de l'apôtre Pierre, qu'il était lui aussi un document composite, compilation d'au moins deux traditions antérieures, dont l'une ne contenait aucun récit de la passion (qui aurait été un récit lu lors de la célébration de la mort de Jésus).
Une autre
théorie, dite des deux évangiles, encore appelée
hypothèse de Griesbasch (hypothèse formulée... en 1789), a donné lieu plus récemment à une école
''néo-Griesbach''. Elle admet la priorité traditionnelle de
Matthieu.
Luc aurait ensuite utilisé
Matthieu et
Marc serait le dernier des Synoptiques utilisant à la fois
Matthieu et
Luc.
En France, un grand défenseur de cette thèse est le Père
Philippe Rolland, professeur d'exégèse biblique. Il admet aussi la priorité d'un
premier Matthieu, primitif sémitique, d'origine jérusalémite, qu'il nomme évangile des Douze, et de deux adaptations différentes en grec, l'une d'origine antiochienne réalisée sous la mouvance de Pierre, l'autre réalisée sous la mouvance de Paul, dont se seraient inspirés notre
Matthieu et notre
Luc concurremment avec la
source Q, appelée ici évangile de Césarée d'après son lieu supposé d'origine,
Marc s'en inspirant aussi sans connaître
Q. Cette genèse peut s'appuyer sur l'histoire de l'Église primitive telle que la rapportent le livre des
Actes des Apôtres, auquel
Rolland accorde un grand crédit.
Une théorie plus originale fut proposée à titre posthume dans un ouvrage publié aux Editions Beauschene en 1998, par
Pierre Nautin († 1997), directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études,
L'Évangile retrouvé, Jésus et l'Évangile primitif. Il part du postulat que l'
évangile de Luc a le mieux gardé la forme d'un
Evangile Primitif, qu'il baptise
EP, dont l'auteur aurait puisé à une source orale ou écrite de 15 dits ou logia, qu'il baptise
Source, et auquel il aurait rajouté d'autres dits afin de réactualisé sa source. Celui-ci serait à l'origine des trois synoptiques. Toutefois, les ajouts que fait
Luc à cet évangile prouvent la priorité de
Marc et de
Matthieu sur ce dernier. Les premiers en auraient mieux gardé l'esprit sans en conserver la forme.
Il existe une théorie encore plus compliquée celle de
Marie-Emile Boismard , qui fait appel à des formes archaïques de
Matthieu et de
Luc utilisées pour composer un
proto-Marc, sans récit de la Passion, qui aurait lui-même été révisé, car ce dernier à l'origine n'aurait pas comporté de récit de passion et de résurrection. Les spécialistes la trouvent ingénieuse, mais trop compliquée pour être vérifiable.
Toutefois, la seconde piste est celle qui emporte l'adhésion des historiens et des exégètes à l'heure actuelle.
b) La théorie des deux sourcesIl y aurait deux sources aux évangiles synoptiques, l'
évangile de Marc et le
document Q, Quelle, " source " en allemand.
L'
évangile de Marc est vu comme une des sources primitives des trois Evangiles synoptiques, car en faisant une étude approfondie, on remarque que l'évangile a été paraphrasé par ceux de
Matthieu et de
Luc. Cela serait démontré par le fait qu'il n'existe qu'un épisode propre à
Marc (Parabole de la graine qui pousse toute seule) et qu'il est le plus court des trois synoptiques. Il faut ici privilégié la date haute de rédaction entre 65 et 70, car son récit des choses dernières (chapitre 13) n'est qu'une reprise des textes bibliques qui ne fait pas mention de la chute du Temple en 70 comme dans les deux autres évangiles synoptiques.
Le
document Q, lui, est fondé sur l'étude des correspondances entre Matthieu et Luc autres que celles de l'évangile de Marc. Celles -ci constituent un ensemble de dits de Jésus, ou logia , c'est-à-dire des paroles que celui-ci aurait prononcées durant sa prédication, sans la narration qui les accompagne d'habitude, parmi lesquels le fameux sermon sur la montagne. On y trouve aussi de façon surprenante pour un corpus de logia deux miracles.
Q aurait probablement vu le jour à Israël, probablement en Galilée, vers 50-70, parmi les prédicateurs itinérants des premières communautés, comme l'indique le discours d'envoi des apôtres en mission.
D'autres sont allés plus loin. Se basant sur le constat qu'il y a 37 logia communes à
document Q reconstituée et à l'
Evangile apocryphe de Thomas, découvert en 1945 à Nag Hammadi en Egypte, sans dépendance l'un par rapport à l'autre,
Helmut Koester suivi par d'autres chercheurs a avancé l'hypothèse d'une source commune soit orale soit écrite. La toute première communauté galiléenne fondée après la mort de Jésus, selon cette hypothèse, aurait évolué vers deux directions, une radicale itinérante se colorant d'attente eschatologique (
Q), une autre débouchant sur une recherche intérieure individuelle (
Thomas). Toutefois, la datation la plus haute de l'
évangile de Thomas, qui est de 140, relativise d'elle-même cette théorie.
Toutefois, tout en admettant l'existence de ce
document Q, John Paul Meier, prêtre au diocèse de New York et professeur de Nouveau testament à l'Université Notre Dame de l'Indiana, se montre très sceptique par rapport aux hypothèses sur la communauté d'où proviendrait
Q et sur les étapes de sa formation (cette source restant hypothétique dans la mesure où personne ne l'a retrouvée). Pour lui,
Q est comme « une pochette surprise » (
Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. II. La parole et les gestes, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Lectio divina Hors collection », 2005, p. 183), aussi ne faut-il pas faire dépendre la recherche sur le Jésus historique d'hypothèses aventureuses sur cette source.
Les deux évangélistes dits
Matthieu et
Luc auraient donc repris ces deux sources et auraient rédigés leurs évangiles à partir d'elles.
La thèse des deux sources a été encore raffinée et est devenue la théorie des quatre sources, en ajoutant à
Marc et à
Q une source
M qui aurait fourni les éléments spécifiques à Matthieu et une source
L ceux spécifiques à Luc.
M et
L seraient de provenance judéo-chrétienne. Dans le cas de
Luc, certains exégètes suggèrent également un évangile baptiste pour les récits de l'enfance.
Une théorie plus originale est qu'il n'y avait pas à l'origine plusieurs sources, ce serait l'hérésiarque
Marcion de Sinope, actif dans les années 130 à 160, qui serait à l'origine du genre.
c) L'Evangelion de Marcion, le plus vieil évangile ?Le premier évangile écrit dont nous retrouvons la trace est l'
Evangélion de
Marcion, qui fut écrit vers 130-140. Nous savons qu'il commençait ainsi :
« En la quinzième année du règne de Tibère, au temps du gouverneur Ponce Pilate, Jésus le Christ, fils de Dieu, descendit du ciel et apparut à Capharnaüm, ville de Galilée. ». Et que tous les éléments juifs de l'
évangile de Luc ne s'y trouvaient pas. Les documents chrétiens datables de la fin du Ier siècle et du IIème siècle, en effet, ne semblait pas connaître d'évangile écrit et ne connaissait que des bribes de tradition orale concernant Jésus.
Toutefois, cette théorie défendue par ceux qui privilégie la thèse du Christ mythique peut être remise en cause par le fait que l'apologiste
Justin Martyr connaît des « mémoires des Apôtres », et que le plus vieux fragment d'un évangile, le
Papyrus P52 datent d'entre 125 et 140 ou 150. Ils sont contemporains de l'hérésie de
Marcion.
Marcion n'aurait donc pas inventé le genre, il lui aurait juste donné son nom. Ce qui nous invite à réfléchir plutôt sur l'origine de l'Evangelion.
Etait-il le produit d'une révision de notre
Evangile de Luc (débarrassé de ses éléments judéo-chrétiens) ou d'une première version de celui-ci (un
proto-Luc) ? La première est la thèse orthodoxe, déjà soutenu vers l'an 180 par
Irénée, qui, dans son ouvrage
Contre les hérésies, accuse Marcion d'avoir amputé l'½uvre de Luc. L'autre est la thèse de
Christian-Bernard Amphoux, chercheur au CNRS, qui analyse plusieurs révisions introduites par
Marcion et y voit une volonté de simplifier le langage afin de rendre l'ouvrage accessible à un grand nombre. Ces simplifications seront plus tard conservées par l'Eglise de Rome.
Ou bien l'
Evangelion était l'½uvre de
Marcion, qui a été ensuite revu par les proto-orthodoxes en se démarquant des options gnostiques de l'hérétique et aurait donné l'
Evangile de Luc que nous connaissons ? C'est ce que devait prétendre
Marcion, après sa rupture avec la communauté romaine car, d'après l'apologiste
Tertullien, il accusait celle-ci de « fabriquer de faux évangiles, placés par fraude sous le nom d'apôtres ou de personnages des temps apostoliques » (passage qui suffit à démontrer que l'
Evangelion n'était pas l'évangile le plus ancien, car s'il y a de faux évangiles, cela veut dire que le genre était déjà existant). Cette thèse, déjà ancienne, a été récemment actualisée dans un ouvrage de
Joseph B. Tyson (
Marcion and Luke-Acts : A defining Struggle, 2006), professeur émérite de sciences des religions à la Southern Methodist University de Dallas au Texas.
Cela dit, il y a d'autres explications possibles aux anomalies que l'on révèle dans l'
Evangile de Luc. Elles pourraient provenir d'un remaniement antérieur à
Marcion, ainsi les deux chapitres sur l'enfance qui précèdent l'ouverture solennelle pouvant avoir été ajoutés à un
proto-Luc qui ne contenait pas encore de naissance miraculeuse. Toutefois, il est aujourd'hui bien difficile de répondre à cette question, bien que l'hypothèse d'un
proto-Luc commençant par le baptême de Jésus semble actuellement emportée l'adhésion des spécialistes de la question.
Le fait qu'aucune hypothèse ne fasse l'unanimité montre que le problème n'a pas encore reçu de solution satisfaisante, même si la théorie des deux sources semble faire l'unanimité des experts. Plus complexe encore, l'histoire de l'
évangile de Jean pose autant de problème sinon plus que celle des synoptiques.
2. Le quatrième évangileComme le remarque le Jésuite
Xavier Léon-Dufour(1913-2007), professeur d'Écriture sainte au centre Sèvres et directeur de collections aux éditions du Seuil et aux éditions du Cerf, l'
Evangile de Jean est « un assemblage de traditions multiples fixées à diverses époques, une ½uvre de propagande qui n'a pas été écrite, ou pas entièrement écrite par l'apôtre Jean », et la
Nouvelle Bible de Jérusalem admet aussi que le texte actuel résulte « d'un développement complexe ».
La théorie que l'évangile aurait été rédigé par couches successives, avec une mise en forme finale à une date postérieure à celle des synoptiques, à partir de sources diverses (dont l'
Evangile de Marc), est aujourd'hui admise par une majorité de chercheurs, en revanche, il ne manque pas de thèses sur la façon dont a été élaboré le texte que nous avons. Je n'en citerais que trois.
a) La théorie de BultmannEn 1941, le théologien luthérien
Rudolf Bultmann (1884-1976), professeur d'études néo-testamentaires à Marburg, penchait lui pour l'hypothèse de deux sources indépendantes.
L'une serait un
livret de " miracles", l'évangile des signes, une tradition orale, voire un manuscrit, centré sur les miracles du Christ et qui aurait été indépendant des évangiles synoptiques. Les signes (nom employé dans le quatrième évangile pour miracle,
semeia en grec), au nombre de sept que l'on ne trouve que dans Jean, ont une connotation inhabituellement dramatique et, contrairement aux évangiles synoptiques, ils ne sont pas une conséquence de la foi : ils sont là pour la provoquer (
Jean 12, 37). Ces miracles étant différents à la fois des autres miracles du quatrième évangile et de ceux des évangiles synoptiques,
Bultmann en conclut que l'auteur a réinterprété une tradition primitive du christianisme hellénistique. Cette hypothèse, malgré la grande réputation de son auteur, n'a guère trouvé d'écho positif dans la communauté des chercheurs. Cet
« évangile des signes » aurait été composée par un témoin direct peut-être l'apôtre Jean, fils de Zébédée, et aurait circulé dès avant 70.
L'autre serait une source gnostique antérieure à la naissance du christianisme, où Jésus remplacerait l'image du
logos. On comprend alors que les gnostiques ont lu l'évangile de Jean, puisqu'on en retrouve des passages dans leurs textes du fait que dans le gnosticisme le salut viendrait de la gnose, un savoir secret. Cela est démontré par le fait que pendant la quasi-totalité des cinq chapitres du dernier discours du Christ aux disciples (
Jean 13, 18), Jésus ne parle qu'aux douze apôtres. Ensuite, Jésus est censé avoir existé avant sa naissance charnelle, et il est désigné dans le prologue (
Jean 1) comme « le verbe » (
logos). Tout cela pourrait se rapprocher de la définition gnostique de l'
æon (une émanation de Dieu) envoyé depuis le
plérôme (région de la lumière) qui vient donner aux humains le savoir nécessaire pour rejoindre eux-mêmes le
plérôme. Le mépris johannique de la chair opposée à l'esprit est aussi un thème fort du gnosticisme. Toutefois, à l'heure actuelle on explique parfois cette proximité par l'hypothèse de sources communes d'inspiration de Jean et des gnostiques dans la littérature apocalyptique juive.
Donc d'après lui, la version que nous avons aujourd'hui ne serait que la réunion d'un ensemble de logia gnostiques, de l'évangile des signes et d'un récit de la Passion ( qu'on devait lire lors du jour de la célébration de la mort du Christ), le tout réuni par un rédacteur soucieux de rendre tout cela conforme à l'orthodoxie qui se développait vers 90-100 au sein des communautés chrétiennes.
Cette thèse a connu un tel succès dans le monde de la recherche (
Boismard et
Raymond Edward Brown s'en sont inspirés), au point que le pape
Benoit XVI dans son ouvrage
Jésus de Nazareth, s'est donné la peine de la contredire, s'appuyant sur les travaux d'un autre chercheur allemand,
Martin Hegel.
b) La théorie du prêtre JeanMartin Hegel voit plutôt cet évangile émaner d'un disciple de Jésus appartenant à l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem. Jean aurait été le fils d'un prêtre juif nommée Zébédée, ce qui est cohérent avec le disciple connu du Grand-Prêtre dont parle l'
Evangile de Jean.
Cependant, rien dans les évangiles ne permet de penser que Jean l'apôtre ait été un prêtre ni son père Zébédée, qui était un patron d'entreprise de pêche selon l'
évangile de Marc.
Cependant, que Jean ait été prêtre remontait à une tradition ancienne transmise par l'évêque d'Ephèse,
Polycrate :
«Jean lui aussi, celui qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui a été prêtre et a porté le
petalon, qui a été martyr et didascale, repose à Éphèse."» (lettre de Polycrate évêque d'Éphèse dans la Seconde moitié du II siècle à Victor de Rome, citée par
Eusèbe Histoire Ecclésiastique III, 31.)
Martin Hegel n'a donc fait que réactualiser une hypothèse déjà ancienne. Celui qui a le mieux défendu cette thèse fut l'exégète
Claude Tresmontant (1925-1997), professeur de philosophie médiévale et de philosophie des sciences à la Sorbonne, dans ses livre le
Christ Hébreu, paru en1983 (réédité en 1992) et l'
Évangile de Jean, paru en 1984.
Comme le fait remarquer
Tresmontant, il est connu que le
“petalon”, une lame d'or sur laquelle était gravée "consacré à YHWH", était l'attribut du grand-prêtre : il y eut deux grand-prêtres du nom de Jean (Yohanan en hébreu), le fils d'Hanne, qui exerça le sacerdoce de 36 à 37 et un autre grand-prêtre de ce nom, qui fut tué vers 58 sur l'ordre de Felix par les Sicaires. Cependant, théorie plus logique, à tout grand-prêtre en fonction, s'il lui arrivait une déficience, était associé un second grand-prêtre, susceptible de le remplacer pour l'office liturgique du Yom Kipour. Il se pourrait donc que ce prêtre Jean ait officié une fois dans sa vie en lieu et place du grand prêtre en fonction. Ce serait également lui le disciple que « Jésus aimait » que
Tresmontant considère comme l'auteur du texte
Celui-ci aurait donc été un
cohen (prêtre) sadducéen, appartenant à la famille d'Anne et de Caïphe. Raison pour laquelle il peut faire entrer Pierre chez Caïphe, car selon l'évangile de jean, il connaissait le Grand-Prêtre (
Jean 18, 15). Il demeurait à Jérusalem, sans doute dans le quartier des prêtres où l'on situe la salle où Jésus mangea son dernier repas. Ceci explique qu'on ne le rencontre qu'à partir du récit du dernier repas et la raison de sa place d'honneur, la tête posé sur le côté de Jésus, s'il était l'hôte. Il respecte également les prescriptions rituelles concernant les morts lorsqu'il n'entre pas dans le tombeau après la découverte de la tombe vide.
Cependant d'après
Jérôme, évêque de Bethléem au IVème siècle, le « prêtre Jean » ne serait que l'auteur des deuxième et troisième épitres qui portent le nom de Jean, dont on voyait encore le tombeau à son époque à Ephèse. Il y a donc peu de chances qu'il ait été un Jean, fils de Zébédée, comme le pense
Hegel, ou Jean, membre de la famille d'Anne et de Caïphe, comme le pense
Tresmontant.
Mais cette théorie part du principe qu'il ne saurait y avoir de sources préchrétiennes aux documents canoniques, ce qui est peu probable, vu le style de langage utilisé des évangiles qui permettent de dater les textes, au plus tard aux années 65 à 100.
Disons que les hypothèses des uns et des autres semblent reposer sur des bases biens fragiles. Cependant, la théorie de
Bultmann, concernant trois versions successives de l'évangile de Jean, a connu un renouveau depuis ces dernières années, bien entendue réactualisée depuis 1941.
c) La théorie des trois couches rédactionnellesLa théorie des trois couches rédactionnelles, de son vrai nom, a la faveur de la majorité des chercheurs tel
Raymond Edward Brown (1928-1998), prêtre sulpicien, professeur à l'Union Theological Seminary de New York, spécialiste de l'étude de la communauté Johannique, et
Marie-Emile Boismard, car elle rend plus évidente comment a été rédigé le quatrième évangile. C'est-à-dire par étapes successives, ce qui permettrait de comprendre les nombreux ajouts et de ce fait le manque de cohérence de l'évangile, avec des éléments qui ont parfois peu à voir avec le contexte où ils sont situés.
Brown a ainsi identifié deux sections, étiqueté par lui comme le
«Livre des signes » et le
« Livre de la Gloire ». Le
«Livre des signes » raconte miracles publiques de Jésus, qui sont appelés signes. Le
« Livre de la Gloire » comprend l'enseignement privé de Jésus à ses disciples, sa crucifixion et sa résurrection. Ce serait le résultat de trois couches rédactionnelles dans le texte du
quatrième Evangile (une situation qui n'est pas sans rappeler celle des évangiles synoptiques) : d'abord, une version initiale dont
Brown croit qu'elle se base sur un témoin direct ayant rencontré Jésus, peut-être l'apôtre Jean ; ensuite, une production littéraire structurée par un évangéliste qui ajoute des sources supplémentaires ; et, enfin, la version publiée que le lecteur d'aujourd'hui peut lire (
The Community of the Beloved Disciple, New York: Paulist Press, 1979).
Marie-Emile Boismard a d'ailleurs ajouté quelques raffinements à cette théorie. D'après lui, à la base de l'évangile de Jean, il y aurait eu un document aussi connu de Luc, datant des environs de l'an 50 et que l'historien appelle
Jean I ou
document C. Ce dernier sans discours, valorisait la Samarie, avec cinq signes et une Pâque, qui pourrait être l'apôtre Jean ou Lazare de Béthanie. Ce texte aurait été remanié par un autre auteur vers l'an 65 à Israël pour donner un
Jean IIa qui y ajoute deux signes et les controverses dans le Temple (chapitre7-8). Une vingtaine d'années plus tard, le même aurait repris son texte en Asie Mineure pour tenir compte de la tradition synoptique, avec une triple Pâque et un plan en huit semaines, et cela aurait donné
Jean IIB. Enfin, un dernier rédacteur final aurait fait quelques ajouts vers l'an 100 pour donner un
Jean III, qui est le texte que nous avons. Dans sa rédaction pour une communauté chrétienne fort mystique, on sent à la fois la pensée helléniste et des influences juives proches des Esséniens de la mer Morte (
Qumran).
Mais comme toute théorie, cela demeure extrêmement conjectural, et l'opinion que l'Evangile de Jean est postérieure aux synoptiques ne fait pas l'unanimité.
Evan Powell a récemment soutenu une thèse différente. La critique interne de l'évangile l'amène à penser qu'il a été écrit avant les synoptiques, car l'institution de l'eucharistie, la tentation, l'expulsion des démons, la transfiguration, l'ascension n'y figurent pas. Ce serait le signe que le mouvement chrétien n'avait pas encore développé ces épisodes, peut-être du fait que la vision négative de Pierre indiquerait une séparation assez tôt de la communauté johannique de l'Eglise de Jérusalem. De plus, le chapitre 21, qui traite de la seule apparition de Jésus en Galilée, ce serait le chapitre final de Marc, qui se termine aujourd'hui de façon abrupte sans récits d'apparition. Ce serait, selon lui, la trace d'une lutte entre les apôtres Pierre et Jean, pour la direction du mouvement chrétien. Cette théorie est aussi crédible que celle du « prêtre Jean », que j'ai évoqué plus haut et a reçu peu de soutien en dehors de celui des milieux ecclésiastiques conservateurs du fait que la référence à des expulsions des synagogues situe vraisemblablement l'évangile entre 90 et 100.
« En dépit de la masse des travaux déjà faits, la recherche sur la façon dont les évangiles ont été écrits ménage encore des surprises » (
Jacques Giri,
Les nouvelles hypoyhèses sur les origines du christianisme. Enquête sur les recherches récentes, Editions Karthala, 2009, Paris, p.109 ). Toutefois, il convient de s'interroger sur le contexte de la rédaction des quatre évangiles pour mieux comprendre pourquoi ils furent rédigés après s'être demandé comment.
3. Le contexte de rédactionTrois faits sont éclairants à ce sujet : des origines variés, un public varié et enfin une datation qui fait l'unanimité.
Il convient d'abord de voir s'il est possible de tracer un portrait des quatre évangélistes.
a) Qui étaient les évangélistes ?Les trois évangélistes dits
Marc,
Matthieu et
Luc n'ont sans doute pas connu Jésus, tout au plus certains de ses disciples, tout comme l'évêque d'Hiérapolis,
Papias, au IIème siècle, disait avoir connu un disciple de Jean, Jean l'Ancien.
Marc fut sans doute le premier en dehors du document Q, à avoir rassemblé des traditions orales dispersées, tels les récits de la passion que l'ont récité lors de la célébration de la mort de Jésus.
Deux, d'entre eux semblent avoir été juifs.
Matthieu était sans doute un membre de la communauté judéo-chrétienne d'Antioche, peut – être un scribe (
Matthieu 13, 52), et
Marc, peut-être un juif helléniste, vu l'image défavorable de la famille de Jésus dans son évangile. Pour ce dernier, cela permet de comprendre les nombreux aramaïsmes qu'il utilise tel le « Talitha koum » lors de la réanimation de la fille de Jaïre, et pourquoi il explique certains rituels juifs aux païens qui liraient son évangile, comme dans l'épisode des mains impurs. Il lui était familier.
Luc, comme l'indique l'utilisation de la Septante, et une connaissance de la liturgie de la synagogue (épisode de Nazareth au chapitre 4), était peut-être un des nombreux prosélytes ou craignants-Dieu, convertis par les rabbins au Judaïsme, qui se serait ensuite converti à la nouvelle secte juive.
Pour l'
évangile de Jean, cela devient plus complexe, tout au plus peut-on dire qu'il a vu le jour au sein d'une communauté judéo-chrétienne, peut-être à Ephèse, ce que semble confirmer le contexte de rédaction du texte, celui de l'expulsion des synagogues. Par contre, tout ce que l'on peut avancer en fonction du récit des évangiles, c'est que l'auteur de l'évangile était soit un juif imprégné de mystique juive hellénistique (le
logos est aussi connu du philosophe juif du Ier siècle,
Philon d'Alexandrie), soit un grec, qui fut comme
Luc, un prosélyte du Judaïsme avant de se convertir au Judaïsme. Si l'on tient compte de la théorie de
Boismard et de
Brown, l'auteur de la première version serait un disciple de Jean, peut-être le fameux
« disciple que Jésus aimait ». D'après certaines interprétations il aurait été un prêtre du Temple, comme le montrait la théorie du prêtre Jean. A partir de là, on aurait fait le rapprochement avec Jacques, le frère du Seigneur, qui selon
Hégesippe, en avait tout les traits :
« Jacques, le frère du Sauveur, surnommé le juste...fut saint pour ainsi dire avant de naître. Il ne but jamais de vin ou d'autres liqueurs spiritueuses, et ne mangea jamais de chair; jamais il ne coupa ses cheveux, et il ne connut point l'usage des parfums et des bains. Il n'était permis qu'à lui seul de pénétrer dans le sanctuaire. Ses vêtements étaient faits de lin et non de laine. Il entrait seul dans le temple et se prosternait devant le peuple pour prier. Ses genoux avaient fini par devenir aussi durs que la peau du chameau. »C'est une des nombreuses hypothèses sur l'identité du
disciple que Jésus aimait, celle de Jean l'apôtre ne faisant plus consensus. Mais le
disciple que Jésus aimait n'est sans doute qu'une image de la communauté judéo-chrétienne d'Ephèse, resté fidèle à Jésus, malgré les menaces d'expulsion, derrière laquelle se cachaient le ou les auteurs.
Après la question de l'origine des auteurs, il convient de se demander à quel public il s'adressait.
b) A qui s'adressaient-ils ?C'est là qu'il faut se rappeler que ces ouvrages furent sans doute rédigés pour être lu devant soit les membres de la communauté à laquelle elle était destiné soit devant les prosélytes qui par ce biais apprenait la théologie qui avait cours au sein de la communauté. Ainsi, quelques références dans le récit des évangiles nous permettent de voir à qui s'adressaient les quatre évangélistes entre 65 et 110.
Marc se serait adressé à un public de langue grecque du moins dans sa deuxième version, où il explique les rituels juifs (ceux de la pureté dans le chapitre 7), sans doute dans une ville où les Juifs côtoyaient les Païens sans se mêler. S'il était un helléniste peut-être dans une ville converti par ces derniers, soit Césarée la maritime ou à Antioche. Toutefois, la mention des disciples persécutés pour leur foi et de Pierre, qui est aussi un personnage principal de cet évangile, peut aussi mettre en avant une origine romaine.
Matthieu quant à lui écrit pour un public de convertis juifs, comme le montre le fait que Jésus n'est « envoyé qu'aux brebis perdus d'Israël ». Mais il le fait dans un contexte de rivalité avec le prosélytisme pharisien, comme le montre les attaques virulentes contre le mouvement et l'appel à la conversion aux Nations (
Matthieu 28, 19). Le lieu d'origine pourrait être Antioche, où la communauté a été fondée par l'apôtre Pierre, comme le montre la déclaration de Jésus en sa faveur en
Matthieu 16, 17-19.
Luc, lui, cible un public de langue grecque, peut-être des craignant-Dieu ou des disciples des communautés pauliniennes, car les païens ne fréquentant pas la synagogue ne pouvait pas comprendre ses allusions répétées à l'Ancien Testament et aux rituels de la synagogue. Le lieu d'origine serait une ville où la culture de la synagogue était développée. Donc les principales villes de la Diaspora juives dans l'empire romain peuvent-être candidates.
Jean vise un public de Judéo-chrétiens et peut-être de prosélytes (c'est-à-dire de convertis païens), dont une théorie suggère qu'il en aurait été un, qui vit très mal l'expulsion de la synagogue dans les années 80 à 90, d'où les nombreuses mentions de cette dernière dans son évangile. La ville d'Ephèse peut-être une candidate sérieuse, du fait que la tradition ancienne indique que ce fut là que la communauté johannique se développa. Tout cela n'est que pure conjecture.
Lorsque l'on cherche à se faire une idée précise de la datation ou des origines des Évangiles, on bute assez rapidement sur la multiplicité des théories afférentes à ce propos.
c) Quand ?C'est toutefois, la seule chose concernant les évangiles où le consensus est de rigueur chez les spécialistes pour une marge entre 65 et 100, du fait que l'on doit tenir compte de deux faits précis la destruction du Temple et l'expulsion des synagogues, entre 70 et 88.
Marc aurait écrit son évangile entre 65 et 70, en tenant compte du fait, comme je l'ai écrit plus haut, que la destruction du Temple n'est pas évoquée dans le discours sur les choses dernières au chapitre 13, et le fait que Jésus disent à ses disciples qu'« il en est d'ici présent qui ne goûteront la mort avant d'avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance » (
Marc 9, 1) . Toutefois, les critiques moins conservateurs y ont vu une réalisation après coup, ce qui daterait son évangile d'après 70. L'auteur du Livre de Daniel avait fait de même au IIème siècle avant J.-C.
La datation des évangiles de
Matthieu et de
Luc aurait été écrite toutes deux entre 80 et 90. Les deux évangiles ont été écrite alors que le Temple avait été détruit, comme l'indique leurs discours sur les choses dernières plus long que celui de Marc, et dans un contexte de lutte contre les Pharisiens, qui au lendemain de la chute du Temple, était devenu le parti majoritaire dans le Judaïsme, et qui sont violemment attaqué dans ces deux évangiles. Mais rien n'indique une expulsion des Chrétiens de la synagogue comme à l'époque de l'évangile de Jean, même si on peut sentir un contexte qui est favorable dans le discours de Jésus concernant la conduite à tenir des disciples face aux persécutions.
Pour l'évangile de Jean,
« Le seul contexte historique qui soit explicitement évoqué (...) est l'affrontement des disciples avec la synagogue et en particulier leur exclusion de celle-ci (9,22; 12,42; 16,2). Quelle qu'ait été sa forme, cette exclusion se situe dans les années 80-90 (...) La mise en évidence du contexte polémique dans lequel prend place l'évangile permet sa datation: il a été composé après la rupture d'avec la synagogue pharisienne, c'est-à-dire après 85. » (
Daniel Marguerat,
Introduction au Nouveau Testament, Labor et fides, 2000. Page 361). La plupart des experts penchent en fonction de ce contexte pour une date qui serait entre 90 et 110.
Les évangiles ne seraient donc qu'une photographie des événements qui ont touchés les communautés chrétiennes à l'époque où les évangélistes écrivaient leur texte face à des événements qui les avaient profondément marquées entre la lapidation de Jacques, le frère de Jésus, en 62, à l'écrasement de la dernière révolte juive par les Romains en 135. Et ce qui a amené l'inévitable séparation entre les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens, comme le montre le fait que les évangiles de Matthieu et de Luc, écrit à la même période s'adressent à des publics si différents, mais dans un même contexte de concurrence avec le Judaïsme rabbinique, aussi prosélyte que les premières communautés chrétiennes.
Mais le mot évangile n'apparut qu'entre 130 et 150 du fait de l'hérésiarque Marcion qui donna aux évangiles leur nom au genre avec son Evangelion. De ce fait, les « mémoires des apôtres » de Justin Martyr prirent alors le nom d'évangiles. Toutefois, le nom d'évangiles était si nombreux, si l'on croit Irénée dans son Contre les Hérésies, et les découvertes archéologiques faites depuis le XIXème siècle, que les premiers Pères de l'Eglise, dont le plus actif fut Irénée, évêque de Lyon, entre les années 160 à 180, à définir le nombre des évangiles, qui se trouvèrent réduit au nombre de quatre, déjà dans la première liste du canon de Muratori en 178. Ce qui élimina tous les évangiles qui ne reconnaissait pas le Judaïté de Jésus ou était trop spirituel, alors que le Christianisme était en concurrence avec les sectes gnostiques, dont Marcion fut un des représentants à Rome. Ce faillit être le cas de l'évangile de Jean dont le contenu mystique et son attrait par les sectes gnostiques le rapprochait top des évangiles gnostiques, tel celui de Philippe et de Thomas. Ces derniers interdits furent appelés apocryphes, c'est-à-dire secrets, et disparurent, conservés et cachés par les communautés dont la théologie furent interdites. Après tout, c'est toujours le vainqueur qui a le dernier mot.
Même si la perte des équivalents hébreux de l'évangile de Matthieu, en particulier l'évangile des Hébreux et celui des Nazaréens reste une perte inestimable, la plupart des évangiles apocryphes, à part l'évangile de Thomas, ne sont pas d'un grand intérêt pour retrouver qui fut vraiment le personnage historique qu'était Jésus du fait de leur trop grande spiritualité et de leur datation au IIème siècle, qui rend toute utilisation difficile pour une recherche historique crédible à l'heure actuelle.